Depuis leur annonce d’un “blocus maritime” contre l’Arabie saoudite, le 20 juillet, les houthistes multiplient leurs attaques en mer Rouge. Avec deux nouveaux navires saoudiens visés mercredi 5 août, ils ne sont pas loin de bloquer le détroit de Bab El-Mandeb et pourraient étendre encore leur champ d’action, craint la presse internationale.
Des partisans du groupe rebelle des houthistes devant une image de propagande lors d’un rassemblement anti-saoudien, à Sanaa, la capitale yéménite, le 31 juillet 2026. PHOTO KHALED ABDULLAH/REUTERS Partager Écouter l’article Ajouter aux favoris Les houthistes ont revendiqué une attaque balistique contre le pétrolier saoudien Daisy , qui naviguait dans le golfe d’Aden, rapporte le journal Al-Masirah . L’opération a “atteint son but, grâce à Dieu, et a réussi à endommager le bateau et à le contraindre à faire demi-tour”, se vante le porte-parole du groupe rebelle Yahya Saree. “Cette attaque s’inscrit dans le cadre du blocus maritime contre la marine de l’ennemi saoudien, a-t-il encore précisé. Aucun navire saoudien ne sera autorisé à passer, que ce soit dans le sud ou le nord de la mer Rouge, jusqu’à ce que les revendications [houthistes] soient satisfaites.”
C’était en effet la deuxième attaque contre un navire saoudien en vingt-quatre heures, après celle contre un autre pétrolier saoudien, le Wafa, près du port de Yanbu, sur la mer Rouge, où débouche l’oléoduc saoudien qui permet d’acheminer le pétrole des champs pétrolifères saoudiens de l’est du pays vers la côte est , afin de contourner le détroit d’Ormuz.
En tout, les houthistes revendiquent des attaques contre neuf bateaux saoudiens depuis qu’ils ont annoncé un blocus maritime, le 20 juillet dernier.
Ils revendiquent également une attaque contre l’aéroport de Najrane, près de la frontière saoudo-yéménite, rapporte encore Al-Masirah , même si les autorités saoudiennes n’ont pas commenté, ce qui peut signifier que l’attaque a été repoussée ou qu’elle n’a pas provoqué de dégâts notables, précise toutefois le site The Arab Weekly .
Chute brutale du trafic dans le Bab El-Mandeb
En tout cas, la navigation dans le détroit de Bab El-Mandeb a drastiquement chuté, avec seulement un navire mercredi 5 août contre vingt la veille, se félicite encore Al-Masirah , qui s’appuie sur une dépêche de l’agence de presse américaine Reuters.
Même si les houthistes disent ne viser que des bateaux saoudiens, cela risque de faire monter les prix des assurances et d’aboutir de facto à un blocage du Bab El-Mandeb, estime The Washington Post .
Le détroit de Bab El-Mandeb a pris une importance vitale pour l’Arabie saoudite depuis que le blocage du détroit d’Ormuz oblige les pays du Golfe à trouver d’autres voies pour exporter leur pétrole, rappelle pour sa part The New York Times . En rendant la navigation plus risquée dans le Bab El-Mandeb, les houthistes avaient déjà “contraint certaines compagnies maritimes à réorienter leurs bateaux vers le nord de la mer Rouge”, ajoute le journal. Mais les derniers événements suggèrent qu’ils “pourraient viser les pétroliers saoudiens là aussi, dans les eaux qui mènent vers le canal de Suez”.
Les houthistes ont leurs propres objectifs
Pourtant, “depuis près de cinq mois, les rebelles houthistes du Yémen sont restés en dehors” de la guerre au Moyen-Orient , rappelle The Washington Post. Mais “cela a changé ces dernières semaines avec la reprise de combats” entre houthistes– alliés de l’Iran – et l’Arabie saoudite, qui est un pays allié des États-Unis.
Ainsi, l’annonce du blocus maritime et les attaques houthistes contre les navires saoudiens ne signifient pas que les houthistes veuillent réellement venir au secours du régime iranien, explique par ailleurs l’analyste Mohammed Al-Basha, du cabinet de conseil en risques géopolitiques Basha Report, aux États-Unis, cité par le même journal.
Ils agissent plutôt par “opportunisme” et se servent du Bab El-Mandeb comme levier pour “maximiser les pressions” sur Riyad afin de modifier les rapports de force avec les Saoudiens sur le terrain yéménite. Toujours est-il que cela ajoute “une nouvelle escalade potentielle” dans un Moyen-Orient qui, depuis fin février, ne parvient pas à tourner la page de la guerre israélo-américaine contre l’Iran.
Article réservé aux abonnés Analyse. Comment la rivalité entre Riyad et Abou Dhabi redessine la géopolitique de la mer Rouge
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