En 1974, la mort du président Pompidou prend tout le monde par surprise. Les candidatures se multiplient alors. Parmi les prétendants, le ministre de l'Économie et des Finances, Valéry Giscard d'Estaing, occupe une place à part. À lire aussi "Blanc bonnet et bonnet blanc" : la formule de Jacques Duclos qui marque la présidentielle Il multiplie les outils de communication et utilise habilement les codes de la publicité pour varier les slogans, avec l'aide d'un publicitaire de talent, Jacques Hintzy. Il y a d'abord cette affiche avec sa fille, où il apparaît détendu et souriant, accompagnée du message : "La paix et la sécurité". L'objectif est de rassurer, alors que le président Pompidou est mort seulement quelques semaines auparavant.Une campagne à son imageValéry Giscard d'Estaing souhaite personnaliser sa campagne. Il implique donc sa famille et cherche à montrer que sa personne est à la hauteur du défi. C'est pourquoi une deuxième affiche le présente de face, un léger sourire aux lèvres, avec ce texte : "Un vrai président".Le candidat situé à droite de l'échiquier souhaite imposer un style plus direct dans la vie politique, et il l'explique aux journalistes : "Je souhaite que ma campagne soit de l'allure la plus libre possible. Je crois qu'il y a, dans la vie française, dans la vie politique française, quelque chose d'inutilement guindé, d'inutilement artificiel. Nous devons, au contraire, avoir une conception plus détendue, plus libre, du style de notre vie politique."Son équipe s'emploie donc à trouver une formule spécifique, à scander dans ses meetings et à imprimer sur des tee-shirts aux lettres bleues.

Ce sera : "Giscard à la barre". La formule aurait été trouvée par Anne d'Ornano, l'épouse de l'un de ses fidèles soutiens, très active dans la campagne. Suivent les goodies et surtout les clameurs des militants."Vous n'avez pas le monopole du cœur"La campagne de 1974 de Valéry Giscard d'Estaing contraste par ses slogans et son rythme. Mais d'autres phrases sont également entrées dans l'histoire. Lors de sa déclaration de candidature, le 8 avril 1974, il déclare : "Je voudrais regarder la France au fond des yeux." Il reprend la même idée dans une déclaration le 19 avril de la même année."Je crois que je suis quelqu'un de réservé, mais les gens réservés ne ressentent pas moins que les autres. C'est pourquoi, dans cette campagne, j'ai dit que je voulais regarder la France au fond des yeux. Mais je voudrais aussi atteindre son cœur."Valéry Giscard d'Estaing, candidat à la présidentielle de 1974. Là ne s'arrête pas la personnalisation du propos, car la campagne présidentielle de 1974 voit l'organisation du premier débat politique entre deux finalistes au second tour. Les candidats à l'élection présidentielle Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand se font face dans le studio de la radio RTL, lors d'un débat radiophonique, le 3 mai 1974. (AFP) Les journalistes fixent les conditions de son déroulement. Ils ne sont pas là pour interroger les candidats : ceux-ci doivent échanger directement. C'est dans ce cadre que Valéry Giscard d'Estaing prononce une petite phrase, à l'attention de François Mitterrand, restée depuis dans les mémoires : "Vous n'avez pas le monopole du cœur."Valéry Giscard d'Estaing a réussi à imposer son style, mais il ne peut le cacher : une autre forme de style, teintée de marxisme, est en train de pénétrer l'opinion et s'impose dans les déclarations politiques.