Tandis que le nouveau gouvernement syrien se montre coopératif avec les Etats-Unis et la communauté internationale, Benyamin Nétanyahou entend préserver son hégémonie dans la région, quitte à provoquer Donald Trump.

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Base aérienne militaire désaffectée d’Abu Al-Duhur, en Syrie, le 21 janvier 2018. GEORGE OURFALIAN / AFP Partager Écouter l’article Ajouter aux favoris Israël a mené mardi 18 août des frappes aériennes contre une base aérienne militaire désaffectée dans le nord-ouest de la Syrie, ce qui a incité les États-Unis à dénoncer “ une menace pour la stabilité régionale ”, écrit le New York Times qui voit là une nouvelle “ manifestation de la frustration américaine” à l’égard de son allié israélien.

Les huit frappes israéliennes ont touché la base aérienne d’Abu Al-Duhur à Idlib, une ville située à environ 65 kilomètres de la frontière turque, sans faire de victimes, selon les médias d’État syriens. Elle était hors service depuis 2013, “ son contrôle ayant changé à plusieurs reprises au cours des quatorze années de guerre civile ”, précise le quotidien new-yorkais.

L’envoyé spécial américain pour la Syrie et l’Irak, Tom Barrack, a déclaré dans un communiqué sur les réseaux sociaux que les actions d’Israël “constituent une escalade inutile” , rapporte CBS News . Il a défendu le gouvernement Ahmed El-Charaa qui “ n’a adopté ni une attitude prédatrice ni entretenu de forces supplétives” , et qui “en réalité, a manifesté à plusieurs reprises sa préférence pour une désescalade avec Israël.”

Pourquoi, alors, bombarder cette base aérienne ? Pour Kheder Khaddour, chercheur au Centre Malcolm H. Kerr Carnegie pour le Moyen-Orient, interrogé par Al-Jazeera , cela “ signifie que l’armée israélienne ne veut pas que la nouvelle Syrie dispose d’une quelconque force aérienne dans les années à venir” .

Mais il s’agirait surtout d’un “ message adressé à la Turquie ”, principal allié du nouveau gouvernement syrien et avec qui le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, entretient des relations exécrables. Il tend régulièrement à “ exagérer la menace ” représentée par Ankara, tandis que son opposant Naftali Bennett, candidat aux élections législatives d’octobre contre Nétanyahou, qualifie pour sa part la Turquie de “nouvel Iran” , souligne le média qatari.

Navvar Saban, chercheur en sécurité et affaires militaires au Centre arabe d’études syriennes contemporaines, également interrogé par Al-Jazeera, abonde : “Israël semble fixer une ligne rouge concernant une éventuelle reconstruction des infrastructures militaires syriennes, notamment là où l’aide turque pourrait améliorer les capacités aériennes.”

Pendant ce temps-là, “ la Syrie franchit une étape majeure pour faire la lumière sur son ancien programme nucléaire ”, titre le Wall Street Journal . Mardi, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a en effet dirigé une mission pour contrôler la présence d’uranium sur un site de stockage révélé par Damas le mois dernier.

Dans une déclaration commune avec Asaad Al-Shaibani, le ministre des Affaires étrangères syrien, Rafael Grossi a déclaré que cette coopération revêtait une “importance énorme” . “Il s’agit de plusieurs tonnes de matières nucléaires qui pourraient être utilisées à mauvais escient” , s’est réjoui le fonctionnaire onusien, confirmant que ces matières seraient “placées sous le contrôle” de l’agence qu’il dirige, en Syrie.

Selon Axios , c’est la première fois que l’AIEA obtenait un “ accès complet à des sites nucléaires syriens jugés suspects ” — une avancée rendue possible par l’accord signé avec le nouveau gouvernement après la chute d’El-Assad. Le média en ligne américain rappelle que le régime déchu avait mené un programme nucléaire clandestin autour du réacteur d’Al-Kibar, largement “ anéanti ” par le bombardement israélien de 2007, mais dont “ certains sites de recherche et de stockage subsistaient ”.

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