Pour les directions d’école, la rentrée a déjà commencé. Et elle s’annonce particulièrement complexe, estime Roland Lahaye. Certains directeurs auraient même dû écourter leurs vacances pour préparer cette nouvelle année scolaire. 'Le décret programme est venu chambouler tout leur boulot. La rentrée est compliquée à organiser à plusieurs niveaux'.

Parmi les changements liés au décret-programme 2, le syndicaliste pointe notamment la modification de la charge horaire de certains enseignants du secondaire supérieur, qui passe de 20 à 22 périodes. Une mesure qui, selon lui, entraîne des conséquences sur l’organisation des horaires dans les établissements.

'Il y a aussi cette modification au niveau des horaires des profs du DS qui passe de 20 à 22 périodes, avec évidemment le jeu des dominos cascade et des impacts sur leurs collègues, même du degré inférieur'. La situation est également incertaine pour les enseignants temporaires. Une mesure transitoire doit protéger les temporaires prioritaires jusqu’aux vacances de Noël. Mais pour Roland Lahaye, les difficultés risquent surtout d’apparaître ensuite.

La hausse de la charge horaire pourrait, selon la CSC-Enseignement, conduire certains enseignants à devoir compléter leur horaire dans plusieurs établissements. 'Rien que l’effet de cette mesure de passage de 20 à 22 périodes fait qu’on va morceler les horaires, fait qu’on va amener des enseignants à devoir être mobiles'. Une mobilité qui implique des déplacements supplémentaires. Roland Lahaye souligne notamment la question des frais de déplacement.

'Quand vous êtes mobiles, je me plais à dire quand même que quand on va d’une école à l’autre… En cours de journée, on connaît le prix des carburants aujourd’hui, il n’y a pas de prise en charge. Il faut voir tous ces aspects-là'. Pour le secrétaire général de la CSC-Enseignement, ces difficultés illustrent le décalage entre les décisions prises au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles et leur application dans les écoles.

'Je pense que quand une décision est prise par le gouvernement actuel, elle est au niveau macro. Au niveau macro, tout tient sur papier. Les écoles sont des entités qui sont bien spécifiques, des petites entités'. Selon lui, c’est une fois les mesures appliquées sur le terrain que les difficultés apparaissent : 'Quand on arrive au niveau micro et qu’on doit appliquer des mesures qui ont été prises au niveau macro, il y a de grandes difficultés.

C’est là qu’on voit toute la casse qui s’ensuit'. La ministre de l’Enseignement Valérie Glatigny affirme qu’il n’y aura pas de perte d’emploi et met notamment en avant la pénurie d’enseignants. Roland Lahaye conteste cette analyse 'parce que la pénurie va être exacerbée'. Le secrétaire général de la CSC-Enseignement affirme recevoir de nombreux appels d’enseignants qui envisagent de quitter le métier.

'Nous n’avons jamais eu autant d’enseignants qui nous appellent pour savoir comment quitter la profession'. Selon lui, les départs interviennent également de plus en plus tôt : 'Aujourd’hui, les jeunes enseignants quittent la profession même avant les 5 ans. On a l’habitude de dire dans les 5 premières années, aujourd’hui même après un an'.

Il estime que les conditions de travail ne permettent plus d’attirer suffisamment de nouveaux enseignants 'Parce que les conditions ne sont plus réunies, il n’y a plus l’attractivité nécessaire à attirer les jeunes vers cette profession'. Pour Roland Lahaye, les affirmations du gouvernement sur la pénurie ne correspondent pas à la réalité observée par son organisation syndicale. Le désaccord porte aussi sur la manière de réaliser les économies.

Pour Roland Lahaye, réduire les coûts ne peut pas se faire au détriment de la prévention de l’échec scolaire. ' Je lui ai rappelé, je lui rappelle toujours que l’échec coûte extrêmement cher et qu’il y avait là une opportunité de réduire l’échec. ' Pour le secrétaire général de la CSC-Enseignement, il faut surtout intervenir avant que les difficultés ne s’installent. 'En enseignement, c’est comme partout ailleurs et mieux vaut prévenir que guérir.

La guérison coûte très cher par rapport à la prévention'. Une approche qui, selon lui, devrait conduire à renforcer l’encadrement des élèves plutôt qu’à multiplier les évaluations qui risquent de constater les difficultés trop tard. 'Moi, je préférerais qu’on mette en place de l’encadrement un peu plus fourni pour éviter justement que des élèves ne décrochent'. Le front commun syndical a déposé un préavis couvrant les actions du 17 août au 27 septembre.

Les premières actions de sensibilisation sont annoncées dès cette semaine. 'Oui, donc on ne va pas attendre longtemps, puisqu’à partir de demain, des actions vont être menées, des actions de sensibilisation. La colère n’a pas pris de vacances, on est toujours là'. Des calicots doivent notamment apparaître dans différents endroits de la Fédération Wallonie-Bruxelles. À la rentrée, les syndicats veulent mesurer le niveau de mobilisation dans les établissements.

Une action de plus grande ampleur pourrait également être organisée autour du 27 septembre. 'Il n’est pas exclu qu’aux environs de la fête de la communauté française le 27 septembre, il y ait une action de plus grande envergure'. Pour Roland Lahaye, la mobilisation ne doit toutefois pas nécessairement prendre la forme d’une grève. 'Il ne faut pas tout de suite penser à des arrêts de travail ni à des grèves. On peut manifester autrement qu’en arrêtant de travailler'.

Le syndicaliste évoque également la possibilité de voir d’autres secteurs rejoindre le mouvement, notamment la justice et la santé. Le conflit pourrait aussi se poursuivre devant les tribunaux. Les cabinets d’avocats de la CSC-Enseignement analysent actuellement le décret-programme 2 afin d’identifier les dispositions qui pourraient faire l’objet d’un recours devant la Cour constitutionnelle.

'Nos cabinets d’avocats sont en train d’analyser en détail le contenu du décret programme 2. Et dès que l’analyse sera terminée, nous saisirons la Cour constitutionnelle sur les items que nous pourrons, en tant qu’organisation syndicale, contredire'. Roland Lahaye rappelle le précédent du 'décret-programme 1', au sujet duquel des recours avaient notamment été introduits concernant l’accès aux septièmes professionnelles.

'Deux recours ont été gagnés et donc là il faut faire marche arrière. Le gouvernement devra revoir sa position parce qu’ils ont été trop vite en besogne'. Au-delà de la contestation du décret, la CSC-Enseignement réclame surtout une reprise du dialogue social. Pour Roland Lahaye, celui-ci est aujourd’hui quasiment à l’arrêt. 'Comme je dis, électroencéphalogramme plat, pendant les vacances, rien n’a bougé'.

Le syndicaliste appelle donc les ministres à renouer le dialogue avec les organisations représentatives. 'Je les appelle de nouveau via vos antennes à rouvrir les portes aux partenaires qui s’entendaient très bien et pour lesquels il n’y avait aucun problème de communication. Elles ont cassé cette communication-là. C’est leur responsabilité maintenant à elles de jouer'. La législature doit encore se poursuivre jusqu’en 2029.

Pour Roland Lahaye, il devient urgent de sortir de cette confrontation. 'J’espère qu’on pourra renouer le dialogue parce qu’encore trois ans dans ces conditions-là, ce sera probablement intenable'.