Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Comme un décor de cinéma, au fil de l'eau, la Dordogne, pour remonter le temps à bord d'une gabarre et se laisser bercer par les flots qui nous racontent l'histoire de la batellerie. Il faut embarquer avec Matthieu Keller, le capitaine, propriétaire de deux gabarres construites à l'identique des bateaux du XIXe siècle. À l'arrière, une longue rame pour le gouvernail.

À la force des bras et sur des eaux tumultueuses, des hommes transportaient des marchandises depuis la Dordogne jusqu'à Bordeaux, le plus souvent du bois destiné aux tonneaux de vin. "C'était extrêmement dangereux. Un bateau sur dix n'arrivait pas. Il n'y avait aucun contrôle, aucune force motrice et il y avait énormément de morts à l'époque. Ils étaient très mal payés. Ces embarcations peuvent naviguer dans des eaux très basses, grâce à une particularité : leur fond plat.

"On navigue dans 40 cm d'eau et c'est justement l'avantage de ces bateaux, qui permettent de naviguer avec très peu de profondeur malgré la taille du bateau", souligne Matthieu Keller. Sur les eaux paisibles, les touristes apprécient ce transport dans le temps. "On est du haut de la France, de Calais, et de ce fait, on ne connaissait pas et c'est un bon moyen pour nous de découvrir le patrimoine culturel et architectural de la Dordogne", commente une passagère.

Un rôle essentielMais pour les gabariers, c'était une tout autre histoire. Il fallait compter quinzaine de jours pour la descente et presque deux fois plus pour la remontée, en tirant le bateau depuis un chemin de halage. Il n'existe plus, la végétation a repris ses droits. Mais parfois, le chemin a été creusé dans la roche, comme sur les rives du Lot, du côté de Saint-Cirq-Lapopie.

Sur la Dordogne, les gabariers avaient leurs repères : tous les châteaux qui s'élèvent le long du fleuve, Beynac, Marqueyssac ou bien Fayrac. C'est au château de Fénelon que nous comprenons l'importance de ces gabarres, avec son propriétaire. "Ces canons ont été disposés sur les gabarres pour être descendus jusqu'à Bordeaux.

Et à partir de Bordeaux, ces canons étaient exportés dans les différents arsenaux et ports de France", indique Jean-Julien Delautre, propriétaire du château Fénelon (Dordogne). Des canons fabriqués dans les fonderies de Dordogne à la demande de Colbert, le ministre de Louis XIV, pour renforcer la marine française. Autre marchandise transportée par les gabarres : de l'huile de noix, dans un type de tonnelet en terre cuite.

"Cette huile de noix servait en petite partie pour l'usage culinaire, mais il fallait la filtrer, la refiltrer et la re-refiltrer. Du Moyen Âge jusqu'au début du XXe siècle, les gabarres resteront le moyen de transport le plus rapide. L'arrivée du train mettra fin à leur épopée.