Il est passé en quelques semaines de l'ombre à la lumière, et cela lui aura coûté son poste. Le n°3 français de la Fifa, Kévin Lamour, qui avait désavoué le projet de son patron Gianni Infantino d'ouverture à des investisseurs privés, finalement abandonné, a quitté ses fonctions, a annoncé lundi un porte-parole de l'instance mondiale du foot. À lire aussi Vivement critiqué, Gianni Infantino renonce finalement à son projet d'ouverture de la Fifa aux investissements privés Le mois dernier, il était sorti du bois pour tacler ce projet, estimant qu'il s'agissait "d'un projet d'une seule personne", que "les salariés ont été trompés. Ils méritent mieux que le mépris et l'intimidation", avait lâché le désormais ancien cadre dans un communiqué publié par l'agence américaine Associated Press.

Kévin Lamour avait même ajouté : "Si je perds mon emploi, au moins je dormirai tranquille". Qui est cet homme de l'ombre de 45 ans, habitué des grandes instances du football mondial ?Il a été repéré par Michel Platini grâce à une lettre en 2006L'histoire commence réellement en 2006 pour Kévin Lamour. A 25 ans, le Brestois de naissance, dont le père officier de sécurité de la FFF avait côtoyé Michel Platini, envoie une lettre spontanée à l'ex-meneur de jeu, alors en campagne pour la présidence de l'UEFA, afin de rejoindre son équipe. Voici d'un seul coup cet ex-étudiant en droit et sciences politiques propulsé stagiaire bénévole de l'ancien n°10 des Bleus. Élu président en 2007, Michel Platini le conserve et même mieux : il le nomme à la tête de son cabinet.Calme et réservé, Kévin Lamour fait vite l'unanimité au board de l'UEFA. "Platini était comme un lion en cage. Tu pouvais entrer, le caresser et il ne t'arrivait rien. Ou tu pouvais t'approcher et il voulait te bouffer. On utilisait Kévin pour le jauger et il nous disait quand on avait une fenêtre pour y aller", expliquait un ancien proche dans un article de l'Equipe.Il a pris ses distances vis-à-vis de Platini pour revenir à l'UEFA sous CeferinMais l'idylle entre le triple Ballon d'or et son collaborateur prend fin en 2015. Kévin Lamour apprend l'existence du paiement de deux millions de francs suisses entre Sepp Blatter, alors président de la Fifa, et son patron. Il décide de démissionner, évoquant une "trahison", développée dans l'Equipe par William Gaillard, ancien de l'UEFA. "La question, ce n'était pas de savoir si c'était légitime ou pas, mais le fait de ne pas avoir été mis au courant".Mais Kévin Lamour ne quittera pas très longtemps l'instance dirigeante du football européen. Après l'élection d'Aleksander Ceferin en septembre 2016, il revient et reprend son poste de directeur de cabinet, avant de basculer en tant que secrétaire général adjoint. Mais les ambitions d'élargissement des mandats du Slovène lui restent en travers de la gorge. En 2024, il est débauché par la Fifa, où il retrouve... Gianni Infantino, le président de l'instance et Mattias Garfström, son secrétaire général, avec lesquels il avait déjà collaboré à l'UEFA. Il y sera donc resté deux ans.Un homme de l'ombre écouté et respectéReconnu dans son travail mais très peu connu du grand public malgré son poste à hautes responsabilités, Kévin Lamour a fait l'unanimité partout il est passé. "Un détracteur de Kévin, c'est un menteur", selon un ancien de l'UEFA, dans des propos rapportés par L'Equipe.Homme de l'ombre idéal, placide et à cheval sur ses principes, l'ancien footballeur amateur dans le Finistère a su s'imposer auprès de deux présidents différents à l'UEFA. "C'est un type brillant qui ne le fait pas voir et qui ne cherche pas à être connu", estime un autre ancien de l'organisation européenne du football, William Gaillard.Un franc-parler qui lui a coûté son poste à la FifaFinalement, la seule fois où Kévin Lamour est monté au créneau publiquement, cela lui a coûté son poste de directeur des opérations. Pourtant, il n'est pas le seul à avoir désavoué le boss de la Fifa, dont le projet a été critiqué de toutes parts, l'obligeant à faire machine arrière. L'ancien entraîneur Arsène Wenger et le secrétaire général Mattias Grafström, considéré comme le n°2 de la Fifa, avaient tous les deux salué l'abandon du projet."N’oubliez jamais que dans la vie, il ne s’agit pas de faire ce qui est facile ; il s’agit de faire ce qui est juste. La grande majorité d’entre vous a compris cela. La Fifa traverse une période difficile, mais ne vous inquiétez pas. Tout finira par s’arranger."Kévin Lamour, dans un lettre aux membres de la Fifa le 18 aoûtDans une lettre que RMC Sport a pu consulter, mardi 18 août, Kévin Lamour a eu des mots pour ses deux soutiens. "Sa tâche n’est pas facile, et il fait tout son possible pour protéger les intérêts de la Fifa. Mattias, je suis désolé de t’avoir parfois mis dans des situations difficiles… mais merci de m’avoir toujours compris, de ne jamais m’avoir jugé et de m’avoir soutenu jusqu’au bout", a-t-il adressé au Suédois. Des mots également positifs envers l'ancien manager d'Arsenal. "Vous respirez et vivez pour le football, sans relâche. Et c’est tellement rafraîchissant."Quelle sera la suite pour lui ? Son licenciement a lieu à sept mois de la prochaine élection à la tête de la Fifa. Pour l'instant, Gianni Infantino, qui brigue un troisième mandat, est le seul candidat à sa succession. Pourrait-il avoir un ancien n°3 en face de lui ? "Il serait parfait comme président de la Fifa. Mais cela ne l'intéresse pas, ce n'est pas son style", avait évacué William Gaillard, un ancien de l'UEFA, dans L'Equipe.