L'autoroute A6 a rouvert à la circulation, jeudi 16 juillet, après quatre jours de fermeture en Seine-et-Marne, en raison de l'incendie de la forêt de Fontainebleau. Pour les automobilistes de passage par cette portion, samedi 18 juillet, le parcours ne ressemble pas à ce qu'il est d'habitude. Sur l'aire d'Achères-la-Forêt, les stigmates de l'incendie sont encore bien visibles.
À lire aussi : Reportage "Ce qui reste autour de nous, c'est ce paysage en noir et blanc" : au cœur de la désolation avec une agente de l'ONF, dans la forêt brûlée de Fontainebleau Pour arriver sur cette aire, l'une des trois voies de l'autoroute est interdite à la circulation, réservée aux pompiers s'ils devaient intervenir sur d'éventuelles reprises du feu. La vitesse est aussi abaissée à 90 km/h au lieu des 130 km/h auxquels on roule d'habitude. Ces restrictions courent sur une dizaine de kilomètres, sur la partie la plus proche de la forêt de Fontainebleau."C'est dommage pour notre patrimoine"Très vite, on voit les dégâts : des arbres carbonisés sur le bord de l'autoroute, le sol noir juste de l'autre côté de la glissière de sécurité. Un paysage qui interpelle les vacanciers, comme Elodie, elle part dans le Jura avec son mari et sa fille : "On a été happés en passant devant. Voir le paysage à la télé ou l'entendre à la radio, c'est une chose. Passer devant et voir le paysage tout noirci…""On a un peu cette sensation d'être happés et on trouve ça très triste."Elodie, automobilisteà franceinfo"C'est dommage pour notre patrimoine. Nous, on ne pensait pas le voir, on ne pensait pas passer devant, poursuit Elodie. Quand on l'a vu, on en a pas mal discuté sur le trajet, on s'est dit que c'est quand même bien noirci, au sol il n'y a plus rien, que de la terre... Et puis mon mari me disait que les arbres vont continuer à tomber dans les jours, semaines, mois qui viennent..." Pour ceux qui roulent les fenêtres ouvertes, l'odeur de brûlé aussi s'invite dans la voiture. Une odeur qui accompagne les pauses pique-nique sur l'aire d'Achères-la-Forêt."Incompatible avec l'image qu'on peut avoir de la période estivale"Les automobilistes sont vraiment marqués, touchés, par ce paysage. Certains ont l'habitude de passer par là pour aller en vacances et ils voient bien la différence avec la forêt verte des autres années. C'est le cas de Denis. Ces arbres brûlés et ces cendres par terre, c'est tout aussi traumatisant que les images des flammes qu'il a vues à la télé : "Je dirais que c'est morbide. Voilà, s'il y a un mot à dire c'est ça. Ténébreux, morbide… C'est incompatible avec l'image qu'on peut avoir de la période estivale où c'est très lumineux et gai. Là, franchement, on est confrontés à autre chose."Les vacanciers qui passent pour la première fois et qui ne s'attendent pas du tout à voir ça ici : ils l'imaginent plus dans le sud de la France. Un couple assure que c'est leur plus grosse crainte sur la route des vacances : se retrouver confronté à un feu de forêt. Ce paysage de désolation marque aussi une prise de conscience pour les automobilistes. En voyant les arbres carbonisés sur le bord de la chaussée, Denis se dit choqué. Ce Normand assure faire très attention, il ne fume pas et ne fait plus de barbecues l'été. Il aimerait que d'autres adoptent la même prudence : "On applique ça au quotidien. Après, c'est plus pour des gens qui n'ont pas conscience, qui ne sont pas informés ou qui sont je-m'en-foutistes et égoïstes. Je pense que c'est dans la nature humaine, c'est ça le problème...""Je crois qu'il faudrait de la sévérité"Même son de cloche chez Henry, qui rappelle à ses enfants, avant chaque pause sur la route, qu'il est hors de question de jouer avec un briquet ou même une batterie de téléphone : "Ça incite à faire de plus en plus attention ! Je crois qu'il faudrait de la sévérité. Est-ce que les gens l'entendront ? Je ne sais pas." A ses yeux, le risque d'incendie atteint un tel niveau qu'il faut faire attention soi-même, mais aussi aux autres, pour ne plus voir de mégot jeté par la fenêtre, par exemple. "Si je vois quelqu'un qui a un comportement comme ça au bord d'une forêt ou d'herbes sèches, je lui dirai oui. Gentiment mais je lui dirai."Henry, automobilisteà franceinfoPour autant, cette volonté de prudence ne semble pas marquer des changements d'habitude plus profonds. Beaucoup d'automobilistes ne sont pas prêts à partir moins loin en vacances, par exemple, pour réduire leur empreinte carbone et limiter donc le réchauffement climatique. Ce réchauffement qui, on le sait, favorise la sécheresse et la propagation des incendies.Certains cherchent malgré tout des solutions. C'est le cas d'Elodie, elle est en train de recharger sa voiture électrique : "Une prise de conscience non, parce qu'on l'a déjà. Ça fait plusieurs années qu'on entend parler des incendies un peu partout en France. C'est vrai que là, en Ile-de-France, c'est plus proche que d'habitude. Ça engendre une petite réflexion sur le climat actuel et sur la malveillance de certaines personnes. D'où le fait de rouler en électrique par exemple." D'autres vacanciers assurent choisir maintenant des hôtels ou des campings sans piscine.
Un sacrifice mais du bon sens pour eux : "l'eau est plus utile pour les plantes et pour les pompiers", expliquent-ils. Les pompiers ont prévenu qu'il leur faudrait plusieurs jours, voire plusieurs semaines, pour éteindre complètement cet incendie en forêt de Fontainebleau.

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