Las de sous-traiter la surveillance de chacun de leurs mouvements à un objet connecté ou à des applications promettant une compréhension absolue du corps, de plus en plus d’individus choisissent de faire confiance à leur corps en se libérant des chiffres en tout genre, explique le magazine londonien “Dazed”. DESSIN DE BÉNÉDICTE PARU DANS “24 HEURES”, LAUSANNE. Tendance. Sommeil, glycémie… Et si on arrêtait de tout analyser pour écouter son corps ? 6 août 2026 Les heures de sommeil et les heures d’insomnie. Les calories et la glycémie. Les pas, les kilomètres et les battements de cœur.
À l’heure de l’optimisation de soi, le corps est la proie de toutes les calculettes, machines à corriger pour performer (et alimenter le capitalisme tardif).
“Pourtant, une révolte est en marche, affirme le magazine britannique Dazed. Un nombre croissant d’individus rejette l’optimisation à tous crins pour se tourner vers une démarche plus intuitive, plus humaine et sans prise de tête.”
“L’idée, c’est que ce qui contribue à notre forme physique et mentale ne peut pas forcément se mesurer.”
En élargissant la notion de bien-être au subjectif et à l’intangible, les adeptes du unquantified self (ou, pour les non-anglophones, de la libération des stats) préfèrent privilégier leur énergie, leur présence au monde et ce qui leur semble bon pour eux.
À Glendale, en Californie, en juin 2025. Les requêtes “bien-être intuitif” sur Google ont augmenté de 2 021 % à l’échelle mondiale au cours de l’année écoulée, constate le magazine britannique “Dazed”. Photo Ryan Young/The New York Times Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Les requêtes “bien-être intuitif” sur Google ont augmenté de 2 021 % à l’échelle mondiale au cours de l’année écoulée, constate le magazine britannique.
“Si l’optimisation et la discipline relèvent d’une logique rigide et moralisatrice, le contraire est alors de se fier entièrement à sa propre intuition.”
Tatum Brandt, conseillère en stratégie créative spécialisée dans le bien-être, au magazine britannique Dazed
L’essor du mouvement de libération des stats s’inscrit dans le sillage d’autres mouvements comme l’anarchie du bien-être – elle-même née de la lassitude face à l’existence monacale vantée par l’industrie mais synonyme d’anxiété, de solitude voire de surmenage.
À force d’injonctions, ce qui devait être un outil vers la quête du bien-être peut s’avérer plus aliénant que libérateur. PHOTO HIROKO MASUIKE/THE NEW YORK TIMES “Ce qui m’a frappée chez les gens, ce n’est pas le rejet des injonctions au bien-être, mais plutôt le sentiment croissant que le bien-être devenait lui-même une forme d’autoflicage.” Jessica Smith, autrice du rapport sur les tendances 2026 du Sommet mondial du bien-être, au magazine britannique Dazed
Car le problème, c’est que, à force de sous-traiter la surveillance de chacun de nos souffles et de nos soupirs à une application spécialisée, nous devenons incapables d’écouter notre corps.
Nous avons besoin qu’une application confirme que nous avons bien (ou mal) dormi, quitte à souffrir d’orthosomnie, l’obsession de bien dormir.
Bien sûr, il est peu probable que cette tendance échappe à l’industrie et à la consommation.
Mais, en attendant, elle a le mérite de nous inviter à habiter le monde et notre corps. À ne plus laisser une machine nous dire ce que l’on ressent, ni à réduire ces sensations à des données chiffrées.
Parce que c’est notre corps qui pense. Et que toute notre peau à une âme.—

%3Aquality(50)%2F2026%2F08%2F18%2F6a84ab9b2487e325636106.jpg&w=1600&q=75)
%3Afill(blur)%3Aformat(jpg)%3Aquality(50)%2F2026%2F08%2F18%2F6a84a46646b41283226279.png&w=1600&q=75)
%3Afill(blur)%3Aformat(jpg)%3Aquality(50)%2F2026%2F08%2F18%2F6a848bebd4ee4619699124.jpg&w=1600&q=75)


%3Aquality(50)%2F2026%2F08%2F18%2F6a8480bd37ce9555812097.jpg&w=1600&q=75)