Il apparaît tout sourire. Aux côtés de deux femmes en costume breton, Gabriel Attal s'affiche dans les rues de Quimper (Finistère), lors du festival de Cornouailles, le 23 juillet. "Je suis bien entouré là. Je cache ma bière quand même…" glisse-t-il, avant de fixer l'œil du photographe, dans une vidéo diffusée sur Instagram. Durant trois jours, le candidat de Renaissance à la présidentielle a enchaîné les rencontres avec les habitants, touristes et acteurs locaux. Etape indispensable de toute tournée hors de la capitale : une interview dans la presse quotidienne régionale. Ce sera un entretien au Télégramme, dans lequel il propose un treizième mois pour tous.Pour le patron du parti présidentiel, l'été ne rime pas avec farniente, et ne sera pas synonyme de quelconques vacances, à dix mois de l'élection. "Gabriel Attal a fait le choix de se déclarer candidat fin mai, ce n'est pas pour, quatre semaines plus tard, dire : 'je plie bagage et on se revoit à la rentrée'", vante son entourage. L'ancien Premier ministre va donc enchaîner les déplacements partout en France. "Nous sommes convaincus que c'est une vue de l'esprit de bobo parisien de considérer que toute la France prend des vacances."

Le message est limpide : Gabriel Attal sera à la tâche auprès des Français, et donc des futurs électeurs, tout l'été. Le prétendant à l'Elysée veut surtout capitaliser sur cette période pour rattraper son retard sur l'autre candidat du bloc central et de la droite : Edouard Philippe. "Il est dans la position du challenger", reconnaît d'ailleurs l'entourage de Gabriel Attal."Toujours réagir à l'actualité"L'autre ancien Premier ministre, candidat de longue date à la présidentielle, s'octroie, lui, plusieurs jours de congé en famille entre la dernière semaine de juillet et les quinze premiers jours d'août. Sa destination est tenue secrète. Son entourage tient néanmoins à préciser qu'Edouard Philippe "pourra toujours réagir à l'actualité" si celle-ci l'exige."Il ne part pas en vacances dans une grotte."L'entourage d'Edouard Philippeà franceinfoAuparavant, Edouard Philippe a lui aussi poursuivi ses déplacements en région, après un premier grand meeting à Paris le 5 juillet. Il était, par exemple, mi-juillet à Guérande et à La Baule (Loire-Atlantique) auprès des maires, mais aussi le 26 juillet à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), à l'occasion de la commémoration des 10 ans du meurtre du père Hamel. Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par Edouard Philippe (@edouardphilippelh)Le patron d'Horizons fera ensuite son grand retour médiatique la semaine du 17 août. Il participera, comme plusieurs autres candidats à la présidentielle, au débat organisé par le Medef, le 27 août, à Roland-Garros, où il échangera sur la thématique économique. Le 29, il sera à Sens (Yonne) pour débattre avec François Hollande, dans le cadre de l'université d'été du Laboratoire de la République, le think tank de Jean-Michel Blanquer. Le 30 août, enfin, il sera à la traditionnelle rentrée politique du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, à Tourcoing (Nord), dont un futur ralliement à sa campagne bruisse dans le milieu politique.Du côté de Bruno Retailleau, le candidat des Républicains "va entre autres faire campagne pour les sénatoriales", confiait son entourage, le 20 juillet. Les élections sénatoriales, qui auront lieu le 27 septembre, verront la chambre haute être renouvelée de moitié. Le patron de la droite n'a pas prévu "de séquence particulière" début août. Mais il a lui aussi enchaîné les déplacements en juillet, en étant par exemple invité par la protection civile à Biganos (Gironde), le 29 juillet. Il y a salué les forces engagées dans la lutte contre l'incendie qui a ravagé le département.Marine Le Pen "n'a pas besoin de se démultiplier sur le terrain"Après ses montagnes russes judiciaires, Marine Le Pen s'accorde, comme toujours, une vraie coupure estivale. Condamnée en appel pour détournement de fonds publics le 7 juillet, mais libérée de l'exécution de sa peine d'inéligibilité, la députée du Pas-de-Calais a pu se lancer dans sa quatrième course à l'Elysée. La patronne du Rassemblement national va passer ses vacances dans le fief familial de La Trinité-sur-Mer (Morbihan). Une vraie pause médiatique avant la rentrée. "Marine Le Pen peut reprendre des forces. Elle n'a pas besoin de se démultiplier sur le terrain tellement elle est haut dans les sondages", soupire-t-on dans le camp de l'un de ses adversaires. "Il y aura une pause estivale pour tout le monde au RN", expliquait un cadre du RN début juillet."Ça ne sert à rien de se précipiter, car les gens ne s'intéressent à la campagne présidentielle que vers la fin."Un cadre du RNà franceinfoCet agenda allégé commencera à se remplir à la fin du mois d'août : Marine Le Pen est invitée, pour la première fois, à la rencontre organisée par le Medef, le 27. Toujours à l'extrême droite, Eric Zemmour opte lui aussi pour une pause estivale dans l'Hexagone et un programme politique discret, avec des vacances entre les Landes et la Provence, avant de réunir les troupes de son mouvement Reconquête, les 12 et 13 septembre au Port-Marly (Yvelines).De l'autre côté de l'échiquier politique, Jean-Luc Mélenchon, lui aussi candidat pour la quatrième fois, prend également des vacances en août. Le leader de La France insoumise est resté très actif au mois de juillet, réagissant abondamment à l'actualité. "Il y est toujours attentif", souligne une source insoumise. L'homme fort de la gauche radicale s'en prend régulièrement au gouvernement et au président sur le réseau social X, à propos de la gestion des incendies ou des épisodes de canicule. Avant la pause d'août, ses troupes n'ont pas chômé : comme chaque été depuis 2016, les militants insoumis ont sillonné l'Hexagone à bord de leurs "caravanes populaires" pour faire du porte-à-porte, du 18 au 29 juillet. Une stratégie pour occuper le terrain l'été, faire connaître le programme de leur candidat et cibler les abstentionnistes, identifiés par LFI comme un réservoir de voix. Le tribun se rendra à Valence (Drôme), aux universités d'été de LFI, dont son meeting, le 23 août, sera le point final.Marine Tondelier, elle, a vu ses projets d'été chamboulés : le 27 juillet, la candidate des Ecologistes a posté une vidéo sur Instagram pour expliquer qu'elle arrêtait le tour de France qu'elle menait depuis plusieurs semaines. Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par Marine Tondelier (@marinetondelier)Enceinte de sept mois et avec encore deux étapes prévues en Gironde et dans les Landes, en proie à des incendies historiques, l'élue du Pas-de-Calais a préféré renoncer. Pour clore la séquence, la secrétaire nationale du parti a présenté ses propositions pour lutter contre les incendies, lors d'une conférence de presse. A bord d'un van électrique, Marine Tondelier s'était rendue en Seine-Maritime, en Haute-Savoie ou dans la Drôme. "Elle aura donc été malgré tout sur la route pendant tout le mois de juillet, à la rencontre des Françaises et des Français, lors de cet été de la bascule, avec des canicules et feux historiques", souligne son entourage. Après une pause chez elle, à Hénin-Beaumont, elle "sera de nouveau sur le pont" mi-août pour préparer les universités d'été des Ecologistes, prévues du 20 au 22 août à Grenoble, poursuit cette source.Un été avant de se lancer ?La pause estivale s'annonce comme un moment clé de réflexion pour Raphaël Glucksmann. L'eurodéputé (Place publique) "prendra la parole avant la fin de l'été" pour se prononcer sur son éventuelle candidature à la présidentielle, confirme son entourage à franceinfo, précisant que "le programme est toujours en cours de construction". Il doit aussi trancher sur sa possible participation à la primaire interne du Parti socialiste, actée par un vote des militants le 9 juillet. Après un peu de repos en Corse, il reprendra sa campagne début août et se rendra dans l'Aude le 12, pour visiter des communes touchées par les incendies et s'exprimer sur le changement climatique.Au Parti socialiste justement, François Hollande s'est laissé un peu plus de temps. "Si je dois me déclarer, ce sera en décembre", a-t-il affirmé dans un entretien vidéo avec le journaliste Jean-Jacques Bourdin publié le 27 mai. L'ancien président prendra ses quartiers d'été en Corrèze et dans le Gers, "comme chaque année", précise son entourage. Cette pause sera "studieuse", assure-t-on, puisqu'il "va continuer à travailler sur la suite et notamment son livre", intitulé Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche (Robert Laffont), dont la publication est prévue le 3 septembre. Fin août, le député de Corrèze a prévu de se rendre à Paris pour l'université d'été de la monoparentalité, puis à Blois pour le campus estival du PS, le 28 août, avant de retrouver Edouard Philippe à Sens pour un débat.Enfin, Fabien Roussel se rendra comme chaque été dans le même camping, en Corse, d'où il poste parfois quelques recettes estivales sur Instagram. Largement réélu secrétaire national du Parti communiste français (PCF) le 5 juillet, le maire de Saint-Amand-les-Eaux (Nord) s'estimait dans la foulée "à 85%" candidat à la présidentielle. Reste à trouver les 15% restants, peut-être au fil de l'été, notamment lors de l'université d'été du PCF, à Toulouse, du 21 au 23 août. Il "pourrait se déclarer candidat à l'issue du vote des communistes qui a lieu les 5 et 6 septembre", assure son équipe, avant la Fête de l'Huma, du 11 au 13 septembre.Qu'ils aient choisi de prendre des forces ou de mener campagne durant l'été, tous les candidats accéléreront le tempo dès la rentrée. Avec le retour des débats sur le budget – le dernier de l'ère Macron – mais surtout, en ligne de mire, la préparation d'une présidentielle qui s'annonce très incertaine.