Un appel à la grève pour la rentrée. Les fédérations syndicales représentatives des industries électriques et gazières ont annoncé, vendredi 17 juillet, une journée de mobilisation le 15 septembre, pour défendre le "tarif agent" dont bénéficient les salariés et retraités des opérateurs EDF et GDF. Cet acquis social est dans le collimateur du gouvernement après la publication d'un rapport de la Cour des comptes qui épingle son coût pour le fournisseur d'électricité détenu par l'Etat. Franceinfo répond à trois questions sur ce dispositif sous le feu des critiques.1 En quoi consiste le "tarif agent' ?L'avantage en nature énergie, appelé "tarif agent", est un bénéfice vieux de 80 ans. Il a été mis en place au moment de la nationalisation de l'électricité et du gaz qui a donné naissance à EDF et GDF, et il est inscrit dans le statut national des industries électriques et gazières. Il permet aux agents statutaires travaillant chez EDF et GDF, et dans les entreprises issues des opérateurs historiques (comme Engie, Enedis et GRDF) de payer leur consommation d'énergie à un prix très inférieur à celui des particuliers.Ils sont ainsi exonérés du coût de l'abonnement, et paient un tarif fixe de 0,61 centime d'euro/kWh pour l'électricité et de 0,24 centime d'euro/kWh pour le gaz, rappelle la Cour des comptes. Ce tarif agent s'étend aussi aux retraités de ces entreprises, à condition qu'ils y aient travaillé durant au moins 15 ans.D'après les calculs de la Cour des comptes, en 2024, un agent bénéficiant de ce tarif a payé "2,2% du prix moyen de l'électricité payé par les autres consommateurs et 1,8% du prix moyen du gaz", mais ces estimations sont contestées par des syndicats de la branche. Selon les travaux de l'institution, "cet avantage bénéficie à plus de 300 000 ayants droit au niveau de la branche [énergie], dont plus de 220 000 relevant du groupe EDF". Il entre dans la catégorie des avantages en nature et se voit soumis aux cotisations sociales et à l'impôt sur le revenu. À lire aussi Le gouvernement suit l'avis du régulateur de l'énergie, qui propose une hausse de 2,5% des tarifs réglementés de l'électricité au 1er août 2 Pourquoi est-il remis en question ?La Cour des comptes juge son coût "démesuré" pour EDF. Dans son rapport publié vendredi et consacré à la gestion des ressources humaines de l'entreprise détenue à 100% par l'Etat depuis 2023, elle chiffre cet avantage à une moyenne de 381 millions d'euros par an entre 2018 et 2024, avec un pic atteignant 620 millions d'euros en 2023, lors de la crise des prix de l'énergie.
A ces coûts s'ajoutent d'autres frais : EDF a dû provisionner par an entre 2018 et 2024 afin de financer cet avantage pour les futurs retraités. "Au niveau du groupe, en incluant Enedis, le coût moyen annuel du dispositif atteint 621 millions d'euros sur la période 2018-2024, avec un pic à plus de 1 milliard en 2023", ajoute la Cour des comptes.Autre argument de l'institution pour raboter ce tarif préférentiel : il "n'incite pas à la modération des consommations énergétiques". Elle le juge "incompréhensible et contradictoire avec l'objectif de sobriété énergétique".Elle conclut donc que ce tarif ne peut pas "perdurer en l'état" et propose de le "réduire par étapes", en commençant par plafonner les consommations prises en compte, puis en revalorisant le tarif pour l'indexer sur les coûts réels de l'énergie. Le gouvernement, qui affirme avoir reçu une mise en demeure de la Cour des comptes à ce sujet, réfléchit à rogner l'avantage et en a fait part aux syndicats du secteur.Ce n'est pas la première fois que ce tarif préférentiel est ciblé : en 2019, le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, interrogé sur Europe 1, avait dénoncé la "ristourne de 90 %" des salariés d'EDF, appelant le PDG de l'entreprise à "changer ça". Entre-temps, l'Etat est redevenu l'unique actionnaire du groupe.3 Que répondent les syndicats du secteur ?Ils sont vent debout contre une telle modification. Réunies en intersyndicale, les quatre grandes fédérations de l'énergie (CGT, CFE-CGC, CFDT, FO) appellent à une journée d'action et de grève le 15 septembre. "Choisir la veille des congés d'été pour annoncer une telle remise en cause n'a rien d'anodin : c'est une méthode qui vise à étouffer le débat et qui constitue une provocation", dénoncent-elles dans un communiqué.Elles contestent également l'interprétation de la Cour des comptes sur un surcoût pour les finances publiques. Fabrice Coudour, secrétaire général de la FNME-CGT, premier syndicat de la branche, a affirmé à l'AFP que "le tarif agent ne pèse pas plus de 1% de la facture des usagers". Le sujet sera sans doute abordé lors des discussions au Parlement sur le budget de l'Etat pour 2027, pour lequel le gouvernement présentera sa copie à la fin du mois de septembre.

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