Au printemps 2020, en plein Covid-19, le monde entier compte ses morts et chaque pays joue de son influence pour être servi en vaccins. Xi Jinping, lui, réécrit l'histoire. À lire aussi La Chine emprisonne pour la deuxième fois une journaliste qui enquêtait sur la pandémie de Covid Le coronavirus SARS-CoV-2 à l'origine de la pandémie a été découvert dans la province de Wuhan, en décembre 2019. La Chine commence à imposer les plus dures mesures dans certaines villes pour lutter contre la contagion.La diplomatie du CovidÀ la télévision d'État, le président chinois se félicite : "Nous avons écrit la légende de la lutte contre le coronavirus. La Chine a fourni une assistance à plus de 150 pays. Elle participe activement à la coopération internationale sur les vaccins et elle continuera de partager son expérience de la lutte contre cette maladie. La Chine est la première grande économie mondiale à retrouver une croissance positive."Pour Xi Jinping, circulez, il n'y a rien à voir, la pandémie est derrière. La politique zéro Covid qu'il a menée est, selon lui, un franc succès. Une politique très dure, comme l'illustre cet extrait où une passante est contrainte de rentrer chez elle :"Madame, c'est le drone qui vous parle. Vous ne devez pas sortir sans masque. Vous devez rentrer chez vous et n'oubliez pas de vous laver les mains."Dans le cadre du podcast pour Radio France Le Prince rouge, Jean-Maurice Ripert, ancien ambassadeur de France à Pékin, est interrogé par Dominique André : "La diplomatie du Covid de Monsieur Xi Jinping, c'est que, d'abord, on dissimule. Ensuite, on nie, le temps de trouver une parade, une réponse, une stratégie, une attitude. Et ensuite, on l'impose."Des portes d'immeuble scellées avec des barres de fer"Des dizaines de millions de Chinois ont été confinés, rappelle Jean-Maurice Ripert. Et quand je dis confiné, ce n'est pas le confinement à la française : s'il vous plaît, restez chez vous, allez une fois par jour au supermarché...

C'est : vous restez dans votre appartement, on scelle les portes de l'immeuble avec des barres de fer et on vous monte des nouilles que vous devez payer.""Souvenez-vous de ces reportages, poursuit l'ancien ambassadeur, où on nous montrait de manière extraordinaire comment, en 15 jours, les Chinois montaient les hôpitaux. Ce n'étaient pas des hôpitaux, c'étaient des tentes de campagne dans lesquelles on mettait les gens sous oxygène, point barre.""Donc, cela a été absolument épouvantable. Il y a eu probablement plusieurs millions de morts. Personne ne le sait."Jean-Maurice Ripert, ancien ambassadeur de France à Pékinà franceinfoLes témoignages muselésLe 10 mars 2020, Xi Jinping se rend dans les rues de Wuhan. Il porte le masque, salue les habitants penchés à leurs fenêtres. Il échange avec les personnels hospitaliers, au garde-à-vous devant le numéro un du régime chinois.Officiellement, la séquence est faite pour démontrer que le pouvoir central maîtrise la situation. Mais à ce moment-là, les hôpitaux de la ville sont en état de saturation et de plus en plus de journalistes citoyens tentent de dénoncer l'attitude des autorités face à la catastrophe."J'ai peur. Derrière moi, il y a le pouvoir chinois. Devant, il y a le virus", décrit alors Chen Qiushi, un lanceur d'alerte, dans une vidéo. Au moment où Xi Jinping parade dans les rues de Wuhan, Chen Qiushi observe une quarantaine forcée dans le cadre de la lutte anti-Covid. Il disparaîtra pendant plus d'un an.Lorsqu'il réapparaît sur les réseaux sociaux, en 2021, Ce journaliste citoyen ne fournira aucune explication sur les raisons de son absence.Fenêtre pour intensifier sa répressionLe monde est déstabilisé et les mesures de confinement s'imposent parfois au mépris du respect des libertés individuelles. Xi Jinping profite de cette fenêtre de crise sanitaire pour intensifier la répression, notamment contre les populations ouïghoures. À lire aussi "On n'a aucun moyen" : quatre ans après la reconnaissance du génocide, la cause des Ouïghours apparaît comme la grande oubliée "Confinement ou pas, le bulldozer chinois continue d'éradiquer et d'écraser les Ouïghours", dénonce Dilnur Reyhan, présidente de l'Institut ouïghour européen, interrogée dans un documentaire pour Arte. Ce sera la tache de l'histoire chinoise. Ce sera la marque de Xi Jinping."Enquêtes et sanctions immédiatesEn mai 2020, le gouvernement australien demande qu'une enquête internationale indépendante soit menée sur les origines de la propagation du Covid. La réaction de Xi Jinping est instantanée. Pékin annonce une baisse de 10% de ses achats de produits australiens.Quiconque tente de remettre en cause le récit de Xi Jinping s'expose à des sanctions immédiates. Des sanctions qui restent pour l'instant économiques.