"Nous n'avons, pour de nombreuses raisons, aucun intérêt à voir une extension de la Russie à notre frontière", déclare le ministre lituanien des Affaires étrangères Kęstutis Budrys en référence au voisin le Bélarus. D'ici fin 2027, quelque 5 000 soldats allemands doivent être stationnés en permanence en Lituanie, à quelques kilomètres seulement de la frontière du Bélarus, afin de protéger la flanc Est de l'OTAN.

Budrys évoque également une série de menaces provenant du Bélarus, souvent intégrées à des attaques hybrides. "La Russie y déploie des armes nucléaires et le système de missiles Orechnik. Elle utilise nos infrastructures et peut mobiliser le Bélarus à tout moment à des fins logistiques. "C'est un voisinage difficile", souligne également Budrys. La Lituanie a appris ces dernières années combien des alliances solides sont importantes.

"Notre recette, c'est la coopération régionale ainsi que notre appartenance à l'UE et à l'OTAN. Cela nous aide dans ce type de situation", explique le ministre des Affaires étrangères. Le stationnement permanent de la brigade blindée allemande est l'un de ces instruments. La présence militaire de l'Allemagne en Lituanie n'est toutefois pas une nouveauté.

Jusqu'à présent, il ne s'agissait toutefois que de forces tournantes : le personnel et le matériel étaient régulièrement relevés, sans présence permanente. Cela a changé après l'attaque de la Russie contre l'Ukraine en 2022. À l'origine, seule l'installation d'un état-major de brigade était prévue. À l'été 2023, Berlin a changé de cap, selon le Bundeswehrverband (source en allemand).

Après l'échec de la révolte du chef du groupe de mercenaires russe Wagner, Evgueni Prigojine, contre le commandement militaire russe, des milliers de combattants de Wagner ont été transférés dans le Bélarus voisin. La mutinerie de Wagner et le transfert des mercenaires au Bélarus n'ont pas été, selon le gouvernement fédéral, la seule raison de ce déploiement permanent.

Quelques semaines plus tard, le ministre de la Défense Boris Pistorius et l'inspecteur général Carsten Breuer se sont rendus en Lituanie pour annoncer ce changement de cap : pour la première fois depuis sa création, la Bundeswehr va stationner en permanence une brigade de combat pleinement opérationnelle hors d'Allemagne.

"Nous ne nous préparons pas à la guerre"Le ministre lituanien des Affaires étrangères, Budrys, explique dans un entretien avec Euronews que la dissuasion doit "commencer à la frontière". L'essentiel, selon lui, est de défendre "chaque centimètre" du territoire de l'Alliance avec des forces réellement disponibles, et non de simples capacités théoriques. C'est "un exemple que d'autres devraient suivre". Pour le ministre, c'est précisément "la clé de la paix et de la sécurité".

"Ici, personne ne se prépare à la guerre. Outre l'OTAN, un allié joue dans chacun des États baltes un rôle de premier plan en matière de dissuasion : le Royaume-Uni dirige le groupement tactique de l'OTAN de l'Enhanced Forward Presence (EFP) en Estonie, le Canada la brigade multinationale de l'OTAN en Lettonie. Selon Budrys, plus de 80 % des Lituaniens font confiance à l'Allemagne et à sa décision de stationner durablement une brigade de la Bundeswehr dans leur pays.

Un sondage (en anglais) réalisé en novembre 2023 par l'institut d'études Spinter Research, à la demande du département de communication stratégique des forces armées lituaniennes, confirme cette appréciation. En Allemagne, le soutien est nettement plus faible.

Selon un sondage YouGov réalisé en 2023 pour la Deutsche Presse-Agentur (dpa), 49 % des personnes interrogées approuvaient le stationnement de la brigade pour la Lituanie annoncé par le ministre de la Défense Boris Pistorius.