Dix ans. C'est la durée qu'aura dû patienter Hilary Kpatcha entre sa médaille de bronze mondiale chez les juniors et sa première breloque dans un grand championnat chez les grands. La sauteuse en longueur tricolore a enfin concrétisé les espoirs qu'elle suscitait depuis ses jeunes années, dimanche 16 août, aux championnats d'Europe de Birmingham. La Française a décroché, dans un concours très serré, la médaille de bronze en s'envolant à 6,98 m, derrière l'Italienne Larissa Iapichino (7,00 m) et la Britannique Jazmin Sawyers (6,99 m)."Je suis arrivée à une forme de maturité, de maîtrise de ce que je fais. Je suis hyper heureuse de gagner comme ça, a réagi la Française sur le plateau de France Télévisions. Ça fait du bien de sortir du tunnel." Enfant prodige, découverte et poussée par son professeur de sport et entraîneur du CA Balma Jean-Luc Sénat, Hilary Kpatcha a traversé de longues années de blessures, puis de déceptions jusqu'à son élimination en qualifications des JO de Paris. Elle était alors handicapée par des douleurs au dos."Je suis une personne persévérante, c'est le moins qu'on puisse dire. J'ai tellement grandi ces dix ans, c'est de l'expérience, de la connaissance de soi, apprendre à s'entourer, à comprendre ce qu'est le haut niveau."Hilary Kpatchaen zone mixteMarquée par sa désillusion olympique, la Toulousaine avait choisi de remettre tout son projet à plat. Pourtant très attachée à ses habitudes, la sauteuse en longueur s'exile en janvier 2025 à la capitale pour s'entraîner avec l'ancien sauteur en longueur français Kafétien Gomis à l'Insep. Renaud Longuèvre, ancien entraîneur de celle qui était jusqu'à dimanche matin la dernière sauteuse en longueur médaillée dans un grand championnat (Eloyse Lesueur-Aymonin, en 2014), pilote son projet.

Objectif : retrouver la plénitude de ses moyens physiques pour enfin réussir à exprimer son potentiel. Hilary Kpatcha tient sa médaille à Birmingham. Sur un nuage depuis quelques jours, la Française a confirmé sa bonne forme du moment en se parant de bronze avec un meilleur saut posé à 6,98 mètres. Devant, l'Italienne Larissa Iapichino a dominé le concours en atteignant les 7 mètres. Autre tricolore alignée, Yanis David a elle abandonné après s'être blessée. 3min Très vite, les résultats tombent, avec un bond à 7,02 m dans un meeting en Grèce en mai 2025. "C'était vraiment un 7 mètres de l'émotion. Je ne sais pas comment expliquer. J'avais l'impression de ne pas trop savoir comment j'avais fait", se remémorait Hilary Kpatcha avant les championnats d'Europe. Derrière, elle reste régulière autour de 6,80-6,85 m et finit à une frustrante 4e place aux Mondiaux de Tokyo en septembre 2025."Tokyo, c'était quelque chose de nécessaire. Je pense que sans ça, peut-être, je n'aurais pas réussi à répondre comme je l'ai fait aux championnats de France élite cette année", a analysé, avant les championnats la Tricolore. Poussée dans ses retranchements par Yanis David, Hilary Kpatcha avait en effet dû s'employer pour réagir et sortir 6,98 m pour prendre le titre de championne de France fin juillet. "J'avais l'impression d'être en maîtrise de ce que je faisais. Ça m'a rassurée et donné de la confiance." En décrochant sa première médaille internationale à Birmingham lors du saut en longueur, Hilary Kpatcha a passé un cap en Angleterre. En rivalisant face aux meilleures, la Française a pris de bons repères pour les futures compétitions mondiales. 7min Après un hiver 2025-2026 axé sur le travail de sprint, la sauteuse en longueur assure avoir amélioré sa course d'élan, plus régulière, mais aussi son approche sur la planche. Elle a aussi mûri dans ses approches des concours à force de rouler sa bosse dans les meetings de Ligue de diamant : "Cela amène une sorte de sérénité. On connaît déjà ses adversaires et on vient faire notre métier."Troisième dans un concours européen qui évolue au plus haut niveau mondial, Hilary Kpatcha a gravi une première marche dans son chemin vers Los Angeles 2028, elle qui a fait de cet objectif sa priorité. "J'essaie d'avoir une vision pour les Jeux olympiques et de me dire que j'ai des pics à 7 m, à 6,98 m, 6,97 m. Il faut que ça soit plus consistant", assurait-elle avant son entrée en lice, avant de glisser après sa 3e place, qu'elle était fière de "la régularité" affichée dans son concours anglais.

Prochaine étape : le record de France d'Eunice Barber (7,04 m) ? "Je me le souhaite."