Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Alexeï Moskalev l'emporte partout avec lui. Le dessin de sa fille Maria qui a bouleversé leur vie. C'est à cause du croquis que les deux citoyens russes ont dû fuir leur pays. La jeune fille l'a réalisé en 2022 pour dénoncer la guerre lancée par Moscou contre l'Ukraine. Elle n'avait que 12 ans.

Elle témoigne : "J'ai dessiné deux camps. D'un côté la Russie et de l'autre l'Ukraine. Du côté russe, les missiles volent vers l'Ukraine. Et du côté ukrainien, on voit une femme avec son enfant se défendant contre les missiles russes."

On peut aussi y lire : Non à la guerre et gloire à l'Ukraine. Dans une Russie qui ne tolère aucune critique, le dessin de Maria fait scandale. Il choque la directrice de son école qui alerte la police, la jeune femme ajoute : "Quelques jours après avoir fait ce dessin, alors que je m'apprêtais à rentrer chez moi, j'ai vu que près de la porte d'entrée, il y avait la police. Et le proviseur aussi. En fait, il y avait tout le personnel de l'école. Ce qui m'a beaucoup surprise. J'ai été emmenée au commissariat. Là-bas, on m'a gardée dans un bureau, soi-disant pour m'interroger. Ensuite, mon père est arrivé. Ils l'ont également gardé dans un bureau séparé et ils ne l'ont pas laissé venir me voir."

Alexeï Moskalev confie : "Ce qui m'a le plus choqué, c'est qu'aucun parent d'élève ne s'est indigné du fait qu'on puisse poursuivre un enfant pour ses opinions, pour un simple dessin. Au contraire, ils disaient tous que les gens comme moi devraient être déchus de leurs droits parentaux. Qu'on devrait même leur retirer leurs enfants et que je méritais la prison."Une condamnation et la fuite vers la FranceSuite à ce dessin, le FSB et les services de renseignement russes épluchent les réseaux sociaux d'Alexeï. Ils y trouvent des publications critiquant les forces armées. Le père de famille est condamné à deux ans de prison. Sur des images d'archives, on peut voir son procès. Maria, elle, est envoyée dans un foyer. L'affaire fait le tour du monde. En Russie, en revanche, l'affaire est passée sous silence alors qu'Alexeï est confronté à la violence carcérale. "Ma cellule faisait environ deux mètres sur un mètre. C'était un sous-sol où il faisait un froid terrible. Et je n'avais qu'une couverture légère. Il y avait des rats énormes partout qui sortaient du sol et des canalisations", raconte le père de famille.Après plus d'un an et demi passé derrière les barreaux, il est libéré et peut enfin retrouver sa fille. Mais très vite, les filatures du FSB recommencent. Maria et Alexeï prennent donc une décision radicale. Quitter la Russie pour se réfugier en France. Aujourd'hui, lorsqu'on demande à Maria si elle souhaite continuer à militer pour les droits de l'homme, la jeune fille a du mal à se projeter : "Oui, c'est une bonne idée. Je ne sais pas encore vraiment qui je serai, ni ce que je ferai plus tard. Mais j'aimerais bien continuer à militer."Installés à Strasbourg depuis le mois d'avril, ils ont récemment obtenu le statut de réfugié politique. Maria reprendra les cours dans un lycée français à la rentrée.