A moins d'un an de l'élection présidentielle de la Fifa, son président actuel, Gianni Infantino, est sous le feu des critiques. Sa très bonne entente avec Donald Trump a parfois été qualifiée de collusion, la dernière Coupe du monde a été source de multiples polémiques, et son dernier projet de vendre des parts du Mondial à des investisseurs privés provoque une opposition véhémente, notamment en Europe.
Franceinfo: sport revient sur toutes les polémiques qui ont entouré le dirigeant de 56 ans ces derniers mois. Parce qu'il a décerné "le prix de la paix de la Fifa" à TrumpConnivence Trump-Infantino, épisode 1. Alors que Donald Trump n'a pas reçu le Prix Nobel de la paix qu'il convoitait, il s'est vu remettre un tout nouveau prix, créé pour lui faire plaisir, par Gianni Infantino : le prix Fifa pour la paix. Une récompense qui entre pourtant en conflit avec le code éthique de la Fifa, qui impose aux collaborateurs de l'instance de rester politiquement neutres. Deux mois plus tard, les Etats-Unis lançaient des bombardements contre l'Iran. Depuis, l'ONG FairSquare et la Fédération norvégienne de football ont saisi la commission d'éthique de la Fifa afin de clarifier les conditions dans lesquelles ce prix a été attribué. À lire aussi Gianni Infantino, le patron de la Fifa qui "aime les riches et les puissants" et cultive sa relation avec Trump Parce que le prix des places au Mondial était jugé exorbitant Des places parmi les moins chères à 4 451 euros pour assister à la finale de la Coupe du monde, selon le site comparateur SeatPick, des billets à 173 euros en moyenne en catégorie 3 pour la phase de poules… Alors que la Fifa se vante dans son dernier projet de vouloir "démocratiser le football à l'échelle mondiale", beaucoup de fans ont dû vider toutes leurs économies ou n'ont pas pu assister au Mondial pour des questions de moyens.
À lire aussi : Reportage "Si on fait toute la compétition, on va atteindre les 10 000 euros par personne" : les supporters français cassent leur tirelire pour assister à la Coupe du monde 2026 Gianni Infantino s'est justifié en affirmant que la Fifa s'adaptait au marché des Etats-Unis, où les fans de sport sont parfois prêts à débourser des sommes folles pour assister à des rencontres de NBA ou de NFL. "Nous devons tenir compte du marché, nous évoluons dans le pays où le marché du divertissement est le plus développé au monde. Nous devons donc appliquer les tarifs du marché", a-t-il affirmé. L'organisation Football Supporters Europe (FSE) a accusé la Fifa "d'extorsion" et de "trahison monumentale".Parce que la Fifa a été passive face à la politique migratoire américaineL'arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan refoulé à son arrivée sur le sol américain, une équipe d'Iran empêchée de rentrer sur le territoire des Etats-Unis plus de 24 heures avant ses matchs pour se préparer, des visas refusés à des supporters ou proches de joueurs… et la Fifa n'a pas bronché. Gianni Infantino s'est contenté de qualifier de "malheureux" le fait que le meilleur arbitre africain 2025 ne puisse officier, et son instance a rappelé sa "non-intervention dans les procédures migratoires". À lire aussi "La Fifa n'intervient pas dans l'octroi des visas" : un arbitre somalien de la Coupe du monde 2026 refoulé à son arrivée aux Etats-Unis Parce que Trump l'a sollicité pour annuler le carton rouge de Folarin Balogun Connivence Trump-Infantino, épisode 2. Alors que le joueur américain Folarin Balogun avait écopé d'un carton rouge qui ne souffrait d'aucune contestation contre la Bosnie-Herzégovine durant le Mondial, cette sanction lui a été retirée par la Fifa et il n'a finalement pas été suspendu pour le match suivant. Donald Trump a confirmé être personnellement intervenu auprès de Gianni Infantino pour demander le "réexamen" du carton rouge "douteux". La Belgique, adversaire suivant des Etats-Unis, a exprimé sa "stupéfaction". L'UEFA, qui régit le football européen, a estimé que la Fifa avait "franchi une ligne rouge" et que sa décision de suspendre le carton rouge était "inédite, incompréhensible et injustifiable". Gianni Infantino a affirmé que cette décision avait été prise par les instances judiciaires de la Fifa et que celles-ci étaient "indépendantes".Parce qu'il veut faire passer le Mondial à 64 équipes Si la Coupe du monde 2026 a généré des recettes records, c'est en grande partie grâce à un nombre de matchs record. Pour la première fois, la compétition s'est jouée entre 48 équipes, avec 104 matchs au programme, contre 64 rencontres en 2022. Gianni Infantino souhaite désormais que le prochain Mondial soit élargi encore un peu plus, avec 64 équipes participantes, et autant de pays soucieux de diffuser les matchs de leur équipe nationale. "Lorsque l'on organise [une Coupe du monde], il est important de la concevoir pour le monde entier, et pas seulement pour l'Europe et l'Amérique du sud. Chaque nation devrait pouvoir rêver d'y participer", affirmait le juriste de formation.Cela générerait évidemment plus de revenus, mais selon les observateurs, l'intérêt sportif pose question et pas seulement. Déjà soumis à un calendrier de plus en plus éprouvant, les principaux acteurs, à savoir les joueurs, risquent d'en être les premières victimes. D'un point de vue logistique, il faudrait probablement étaler la compétition sur près de deux mois. La multiplication des matchs obligerait aussi l'instance à confier l'organisation à plusieurs pays. Ce qui aurait assurément une conséquence sur la promesse de la Fifa d'arriver à une neutralité carbone pour 2040. Parce que ses déplacements en jet privé pendant le Mondial ont dépluEn novembre 2021, l'instance mondiale du football s'est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2040. Or, selon les calculs de l'agence de presse AP, le président de la Fifa a assisté à 43 des 104 rencontres de la compétition, qui était répartie sur trois pays différents.Toujours selon AP, qui a analysé les données du site FlightAware, Gianni Infantino a ainsi parcouru 95 043 kilomètres, soit deux fois et demie le tour de la Terre durant le Mondial. Le magazine allemand Der Spiegel a calculé la facture pour la planète : 813 tonnes de CO2, soit l'équivalent de l'empreinte carbone moyenne de 85 Français sur une année.Parce qu'il veut vendre des parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés"Une ligne franchie", "une préoccupation", "une attaque absolue contre le football"... C'est une véritable levée de boucliers que Gianni Infantino a provoqué avec son nouveau projet, présenté mardi 28 juillet. Le président de la Fifa souhaite créer une nouvelle filiale qui aurait pour mission de gérer ses droits commerciaux et l'organisation opérationnelle des tournois, dont la Coupe du monde et la Coupe du monde des clubs.Cette société serait détenue majoritairement par la Fifa, mais une "levée de fonds" serait organisée auprès d'investisseurs "de long terme qui acquerront des participations minoritaires". Un groupe d'investisseurs qui seraient dirigés par Joshua Kushner, qui n'est autre que le frère du gendre de Donald Trump. Connivence Trump-Infantino, épisode 3.Parce que sa réélection à la tête de la Fifa se joue dans un anC'est dans ce contexte, avec toutes ces polémiques, que Gianni Infantino se présentera pour briguer un quatrième mandat de président de la Fifa en mars 2027. Avec son nouveau projet de filiale, il promet notamment des revenus très nettement à la hausse pour les fédérations. Et sa volonté de permettre à plus d'équipes de participer au Mondial plaide en sa faveur pour les plus petites nations.En avril dernier, la Confédération africaine a déjà annoncé que ses membres avaient "unanimement décidé de soutenir la réélection de Gianni Infantino", soit 54 associations membres qui représentent environ un quart des votants. Et la Confédération asiatique lui a emboîté le pas en exprimant son soutien "unanime et indéfectible" à Gianni Infantino. En octobre 2023, la Fifa avait octroyé au Paraguay, à l'Uruguay et à l'Argentine, l'organisation d'une rencontre de la Coupe du monde 2030 - organisée au Maroc, en Espagne et au Portugal -, un geste apprécié par la confédération d'Amérique du sud.Il reste à voir si les dernières annonces concernant son projet de vendre des parts du Mondial à des investisseurs privés, sans que les confédérations n'en aient été informées, rebattra les cartes.


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