La menace se rapproche encore à Zaporijja. Déjà visée presque quotidiennement par les drones Shahed et les bombes planantes russes, la ville dans le sud de l'Ukraine est désormais à portée des drones dits FPV : de petits engins à rotors, pilotés à distance, équipés d'une caméra et chargés d'explosifs. Depuis quelques semaines, les forces russes les utilisent pour harceler les civils jusque dans la ville. À l'hôpital de Zaporijja, situé à une vingtaine de kilomètres du front, les médecins prennent désormais en charge leurs victimes. À lire aussi Donald Trump annonce que les Etats-Unis vont autoriser l'Ukraine à fabriquer des missiles Patriot, réclamés de longue date par Kiev pour sa défense aérienne Sur le parvis de l'hôpital de Zaporijja, des ouvriers tendent des filets de protection, comme une moustiquaire qui se referme peu à peu sur la ville. Au deuxième étage, dans le service de traumatologie, Serghy, professeur de physique à la retraite, alité. La veille, il a été visé par un drone FPV russe, "dans un endroit ordinaire, au marché", raconte-t-il. "

Comme un dimanche : les gens se promènent, font leurs courses. En une fraction de seconde, je n'ai même pas eu le temps de comprendre. Il y a eu un éclair et un choc très fort. Un grand bruit. Ensuite, je regarde : du sang coulait de ma main", explique Serghy.Un policier présent sur les lieux lui pose rapidement un garrot pour arrêter l'hémorragie, avant de le conduire aux urgences. Le vieil homme confie, dans un sourire fataliste, qu'il s'est simplement retrouvé "au mauvais endroit, au mauvais moment", avant d'ajouter avoir "[lui]-même été évacué de [son] village. Aujourd'hui, je vis à Zaporijja, mais je n'aurais jamais imaginé que la guerre puisse me rattraper d'aussi près".Des attaques qui provoquent plus de dégâts sur la populationVolodymyr, l'un des médecins du service redoute que l'hôpital soit rapidement dépassé par la détérioration de la situation : "L'intensification des attaques ces dernières semaines a forcément eu des répercussions sur notre travail. Malheureusement, nous accueillons de plus en plus de blessés. Ce qui nous inquiète particulièrement, c'est qu'il s'agit de personnes âgées, de femmes, d'enfants. Ce sont des civils." À lire aussi "Des munitions qui sauvent des vies" : après une nouvelle attaque meurtrière sur Kiev, l'Ukraine alerte sur l'épuisement de ses défenses aériennes Des civils désormais pris en chasse par une arme de guerre jusqu'ici utilisée principalement sur la ligne de front "Contrairement aux blessures de guerre chez les militaires, les civils n'ont pas d'équipements de protection : pas de gilet pare-balles, pas de casque, qui peuvent, même légèrement, réduire les dégâts d'une explosion, poursuit Volodymyr. Les blessures des civils peuvent donc toucher n'importe quelle zone, avec n'importe quel degré de gravité". En quittant l'hôpital, un drone FPV surgit dans le ciel et s'écrase contre un immeuble.