En écoutant Eric Cantona chanter, on comprend une chose, il n'essaye pas d'être chanteur, il cherche avant tout à être sincère. Comme si finalement, les chansons étaient simplement une autre manière de raconter ce qu'il a toujours porté en lui : des mots, de la musique, de l'émotion et cette voix que l'on découvre sous un nouveau jour. On sent qu'il a gardé ça en lui depuis très longtemps.

franceinfo : Est-ce qu'avec cet album, vous avez trouvé votre voix dans tous les sens du terme ?

Eric Cantona : Quand j'écris un texte, c'est un besoin de s'exprimer, presque vital. Je ne suis pas obligé de faire ça et les musiques que je fais, ce sont les musiques que j'écoute. Peut-être que je pourrais faire les choses autrement et tout, mais ce que j'ai fait, en tous les cas, j'ai essayé le plus possible de faire un truc qui est moi, qui fait partie de moi. Je n'écris pas des partitions, j'enchaîne des accords, je joue mal de la guitare, mais j'enchaîne des accords pour créer une mélodie. Une fois que j'ai fait ça, je ne peux parler qu'avec des images, je ne peux parler qu'avec des ressentis et des vibrations de pourquoi j'écris ce texte et pourquoi cette musique est venue ?Il y a le texte aussi.Oui, mais c'est parce que les textes, la musique et l'univers musical, tout ça doit être en cohérence. Je ne suis pas un chanteur à voix, mais l'important, c'est de trouver son identité, de trouver qui on est, même si on cherche toute notre vie. D'être le plus libre possible, et s'exprimer, même si on hérite aussi de toute l'histoire culturelle. Un monsieur me demandait tout à l'heure si la période Manchester a influé sur cet album, sur la musique que je fais. Je ne dirais pas plus que mon père qui écoutait de l'opéra, pas plus que les Sex Pistols, que les Clash, pas plus que U2. Bernard Lavilliers permettait de nous évader."À Auxerre, tout est fermé, les fenêtres et Bernard Lavilliers, c'était la liberté totale."Eric Cantonaà franceinfoC'était le Brésil, on voyait les images, on voyait tout ça. Donc, cet album, il ne peut pas être plus moi dans les mots, dans la musique, dans son univers, dans ce qu'il dégage et dans l'atmosphère, dans l'énergie. C'est ça, je crois, ma plus grande fierté.Dans On se love, on ressent une douceur particulière, on découvre l'homme amoureux. Ce n'est pas une facette que vous nous montrez habituellement, c'est quelque chose de très intime. Ce jeu de mots entre "love" et se lover comme deux êtres qui se blottissent pour se protéger. Il y a toujours ce côté protecteur qui donne l'impression d'une chanson très intime. Est-ce que vous avez aussi ce besoin aujourd'hui, avec l'âge qui avance, d'explorer cette partie, cette confiance dans l'intimité ?Je n'ai pas envie de décrire, mais d'écrire sur plein de choses, y compris l'amour. Mais l'amour, je crois que c'est peut-être le sujet qui a été le plus traité dans la chanson. Dans cette chanson, on est presque plus dans l'acte de faire l'amour et c'est là où il y a des métaphores.Le fait d'avoir ce regard, est-ce que ça oblige à l'exigence ou est-ce qu'au contraire ça oblige à être juste dans les émotions ?Après, on peut être juste et exigeant. Cette chanson, je ne sais pas si c'est vraiment protecteur, on est vraiment deux. Hier soir, on est allé voir un concert, c'était un état de transe un peu planant comme ça. Ce serait presque ça cette chanson, mais entre un homme et une femme, entre deux amoureux. Ouais, on tombe à la renverse.