Après les émotions intimes de Nikita et Léon, Eric Serra a répondu aux grandes machines du cinéma international avec James Bond et Le Cinquième élément. Composer pour un James Bond, c'est entrer dans une mythologie mondiale et avec GoldenEye, il apporte une identité sonore très différente, plus électronique, plus expérimentale, parfois même déroutante pour les fans historiques de la saga.

franceinfo : Quand on vous propose de composer pour un James Bond, quelle a été votre première réaction ?

Eric Serra : Ma toute première réaction, j'avais refusé parce que j'étais en train, à ce moment-là, de faire mon premier album solo. Je l'avais déjà interrompu pour faire la musique de Léon et je m'étais juré de ne plus l'interrompre, quelle que soit la raison. Je me souviens même qu'en rigolant avec des potes, j'avais dit, sauf si c'est Spielberg qui m'appelle. Là, ce n'est pas Spielberg, mais c'est James Bond quand même ! J'étais allé quand même les rencontrer par politesse, ils étaient, à ce moment-là, à Pinewood en post-prod du film. Le film était terminé, donc j'ai fait un aller-retour. Là, ils m'ont fait une projection du film, en général le premier montage, les monteurs et les réalisateurs mettent de la musique témoin, ça les aide."Là, 80% de la musique témoin, c'était la musique de 'Léon' et évidemment, ça m'a titillé."Eric Serraà franceinfoJe dois dire aussi que Barbara Broccoli, la productrice du film, a réussi vraiment à me toucher, ce à quoi je ne m'attendais pas du tout parce que c'est une grosse prod américaine quand même, mine de rien. En repartant, je lui avais dit : "Je dois avouer que je suis venu avec l'idée de dire non, mais tout ce que tu me dis me touche, et cetera. Je te promets, je vais réfléchir, donne-moi 48 heures". Le lendemain, finalement, je prends ma décision et je ne le fais pas. Elle me dit, "Écoute, on est très embêté parce qu'on voulait vraiment que ce soit toi, mais je comprends." Deux ou trois jours plus tard, elle me rappelle et elle me dit, "On a réfléchi et on ne veut personne d'autre, c'est toi qu'on veut". Et là, elle m'a déroulé un tapis rouge, avec notamment à la clé prendre une chanson de mon album en générique de fin. Donc là, forcément, je me suis posé des questions. Et je me souviens à l'époque, j'ai appelé le patron de ma maison de disques qui n'était pas au courant de tout ça, parce qu'en plus Barbara m'avait dit que je pouvais choisir la maison de disques pour la musique de GoldenEye. Donc, quand je raconte tout ça à mon patron en hésitant, il m'a dit, "Mais t'es con ou quoi ? Évidemment qu'il faut le faire, tu es barjot !" Donc voilà comment ça s'est fait et puis finalement, effectivement, aujourd'hui, quand je repense à ça, je me dis, mais effectivement, j'étais con ou quoi ?Avec Le Cinquième élément, on entre dans un univers totalement fou, futuriste, exubérant. Comment compose-t-on pour un monde qui n'existe pas encore ?C'était effectivement le premier truc que Luc Besson m'avait dit.

Il m'a dit : "je veux que tu composes la musique du 22ᵉ siècle". Super, merci, fastoche, parce qu'évidemment, comment voulez-vous que je sache ce que ça va être la musique au 22ᵉ siècle ? Le seul concept, c'était pour la chanson de la Diva.Comment avez-vous réussi à imaginer cette performance musicale complètement hors norme ?L'idée, c'était d'écrire un truc pour une chanteuse extraterrestre, qui devait donc être capable de chanter des choses qu'une chanteuse humaine ne pouvait pas faire. Donc j'avais écrit ce truc déjà, qui démarre par du Donizetti, qui est donc classique. J'ai écrit la suite du morceau, mais en version un peu techno dansante, en imaginant que c'était quand même très classique au départ, mais qu'il y avait juste quelques moments où soudain, ce n'était pas un être humain. Il y avait des moments où elle chantait dans sa tessiture, elle descendait beaucoup plus bas qu'une chanteuse humaine et elle montait plus haut. Elle est capable de faire des phrases très rapides qui sont impossibles à faire. Enfin bref, voilà, c'est le seul moment où, il y a eu un peu un concept et c'était une aventure passionnante.