Au cœur de l'été, la préfecture du Rhône autorise la production d'un nouveau PFAS dans la "vallée de la chimie". Le 24 juillet, un arrêté préfectoral a en effet autorisé le géant japonais de la chimie, Daikin, à se servir d'un nouveau produit, un gaz fluoré de la famille des PFAS.

À lire aussi : Reportage "On va faire des analyses chaque semaine" : une commune alsacienne dépense plusieurs millions d'euros pour tenter de mettre fin à une pollution aux PFAS dans l'eau L'industriel basé à Oullins Pierre-Bénite avait déposé une demande le 22 mai 2026 pour utiliser cette substance qui remplacera en partie les polymères actuellement produits sur sa plateforme à partir de 2028. Cet arrêté préfectoral intervient quelques mois à peine après que l'Etat a été attaqué en justice par trois associations et des particuliers pour faire reconnaître sa responsabilité dans le scandale des PFAS.Dans cette vallée de la chimie près de Lyon, à Oullins-Pierre-Bénite où est installé Daikin, cette autorisation révolte les habitants. Tout acteur dispose d'un délai de deux mois pour lancer une action en justice. C'est pour cela que l'association Bien Vivre à Oullins-Pierre-Bénite, à l'image de Notre Affaire à Tous, se réservent le droit d'attaquer, de demander la suspension et l'annulation de cet arrêté préfectoral."Une agression et une régression"Pour Jean-Paul Massonat et ses voisins, membre de l'association Bien Vivre à Oullins-Pierre-Bénite, la nouvelle a été très mal accueillie. Pour lui, cet arrêté représente "une agression et une régression." Daikin Chimical assure toutefois que cette nouvelle molécule n'augmente pas ces rejets de PFAS. "Nous, c'est de suppression de PFAS dont on veut parler, c'est pas faire des nouvelles unités de production", poursuit Jean-Paul Massonat.Sauf que la préfecture donne son accord, se basant sur une étude de risque sanitaire réalisée par l'industriel lui-même. Cette dernière estime que "l'exploitant démontre que l'impact sanitaire est acceptable." À l'inverse, Emma Fééyeux, juriste de l'association Notre affaire à Tous regrette l'absence d'une étude d'impact indépendante : "C'est non seulement insuffisant mais aussi potentiellement illégal. Ce gaz se décompose en TFA, c'est le plus petit des PFAS qu'on retrouve dans 92% de l'eau potable en France et qui a été classifié toxique par les autorités européennes." À lire aussi La majorité des sites français de baignade, en mer ou en eau douce, sont contaminés aux PFAS selon une étude de l'ONG Surfrider Cette classification a déjà été opérée en 2017 par l'agence environnementale norvégienne, puis en 2021 par l'Agence chimique européenne. Pour la juriste, cet arrêté reflète une "double réalité" où d'un côté "à la fois ils soutiennent notamment un projet de restriction universel de toute la famille des PFAS, de l'autre on continue d'autoriser les industriels à utiliser ces molécules sur le territoire déjà contaminé." Légalement, la préfecture peut encore imposer des restrictions à Daikin si elle établit que ce gaz est dangereux. Ces garde-fous seraient toutefois sans effet selon les associations de citoyens, sans étude d'impact environnementale neutre.