Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
France Télévisions : On va revenir avec vous sur ces frappes russes sur Kiev et sa région qui ont tué au moins 17 personnes dans la nuit de mardi 4 à mercredi 5 août. Le président Zelensky a immédiatement déclaré que les intercepteurs de missiles auraient pu sauver des vies. Aucun missile n’a pu être intercepté. La faute à qui ?Aline Le Bail-Kremer, journaliste et cofondatrice du collectif Stand with Ukraine : La faute aux Russes en premier lieu, parce que c’est tout de même eux qui envoient ces engins de mort. Maintenant, l’Ukraine souligne que cette année, les livraisons en matière de défense aérienne, et notamment sur ces missiles intercepteurs, les systèmes Patriot, qui sont les seuls à pouvoir arrêter les missiles balistiques russes, sont en diminution. Un tiers de livraisons ne sont pas arrivées en Ukraine. Il y a un sujet aussi aux États-Unis. D’ailleurs, Volodymyr Zelensky a émis l’hypothèse que ce ne serait pas forcément dû à la mobilisation de matériel américain au Moyen-Orient, mais aussi peut-être à une dimension politique sous-jacente de rendre l’Ukraine docile. Il y a aussi la question des alliés. Les Ukrainiens le savent, il reste des stocks de ces missiles dans les étagères, y compris chez des partenaires en Europe ou en tout cas alliés.Et qui veulent préserver leurs stocks pour leur propre sécurité.Pour leur propre sécurité sur des scénarios qui sont pour l’instant hypothétiques, selon le mot de Volodymyr Zelensky. L’Ukraine désespère de recevoir de quoi protéger ses villes, parce que les attaques se font de plus en plus massives. L’Ukraine est capable d’arrêter à 90 % des missiles de croisière, mais sans ces outils-là, elle ne peut plus arrêter certaines vagues de missiles balistiques que lance la Russie.
Volodymyr Zelensky dit aux Américains : "si vous ne nous livrez pas ces intercepteurs, donnez-nous au moins la licence pour les fabriquer en Ukraine". Peut-il obtenir gain de cause ?Oui. Alors pas tout de suite, c’est ce qui semble se dessiner. Toutefois, l’ambassadeur américain à l’OTAN a expliqué qu’il y avait des solutions de coproduction qui ne seront pas effectives avant l’hiver. Mais de toute façon, cette question-là s’inscrit sur le long terme. Là, l’Ukraine en a besoin en urgence. Elle n’a pas le temps d’attendre qu’il y ait des logiques de fabrication et de production qui, de toute façon, vont prendre plusieurs mois. L’Ukraine a besoin toutes les nuits de protéger sa population civile.Emmanuel Macron a qualifié d’"inacceptable" la politique de la terreur menée par la Russie après cette attaque meurtrière à Kiev et dans sa région, affirmant que "l’Ukraine et ses alliés ne céderaient ni à la lassitude, ni à la peur". Il dit que "chaque nouvelle attaque renforce une évidence". "La Russie doit payer le prix de son agression et répondre de ses crimes. L’Union européenne et ses partenaires continueront d’accroître la pression, notamment par de nouvelles sanctions, tout en renforçant le soutien militaire à l’Ukraine". C’est un message qui vous rassure ?C’est un message important. Toute parole de solidarité, de soutien ferme politique est appréciée en Ukraine bien évidemment. Maintenant, ce qui serait aussi apprécié en Ukraine, ce serait qu’on l’aide à fermer son ciel, ce serait de recevoir de quoi sauver des vies parce que tous les jours il y a des morts, il y a des familles brisées, il y a du chagrin, ça aussi ça compte. Toutefois, il ne faut pas minimiser les paroles politiques qui sont posées et les garanties de fermeté et d’aide à l’Ukraine dans la durée, évidemment que ça compte pour les gens.Jeudi 6 août, la Russie annonce avoir abattu dans la nuit 605 drones ukrainiens, c’est un chiffre qui paraît énorme.Ce qui est logique parce que l’Ukraine se défend, l’Ukraine mène une campagne gigantesque d’affaiblissement, en tout cas qui vise à affaiblir l’appareil militaro-industriel russe, elle s’attaque à des cibles militaires, elle, et elle vise des dépôts de munitions.Et pas seulement, il y a aussi des dépôts de livraison type Amazon.On a tendance à considérer que c’est l’Amazon russe, donc ça a l’air civil comme ça, sauf que cette structure aide la logistique militaire. C’est aussi via ces structures-là et ces entrepôts-là qu’arrivent sur le terrain des talkies-walkies, des équipements pour les soldats et notamment des matériaux qui servent aussi à l’armement militaire. Cette plateforme, Wildberries, pour ne pas la citer, est loin d’être entièrement civile, donc elle est une cible militaire légitime pour l’Ukraine.En cherchant quelques minutes, même pas, sur le site Internet, on tombe sur des gilets pare-balles qu’on pouvait commander.Il y avait des sortes de hashtags extrêmement militaires. Ils ont commencé à faire le ménage pour, évidemment, intoxiquer l’espace informationnel et expliquer que c’est une cible civile. Ce n’est pas vrai.Je voudrais qu’on s’arrête maintenant sur une image qui nous a tous glacé le sang dans la rédaction. Ça se passe dans la région de Kherson, un drone qui pourchasse un homme seul, très probablement et très visiblement un civil, qui l’atteint. Miraculeusement, il va survivre, mais il est quand même blessé aux jambes. Comment on doit lire ces images ? Ça s’appelle un crime contre l’humanité en direct. Cette façon de cibler systématiquement les civils opère, en tout cas à Kherson, depuis l’été 2024. Les habitants sont harcelés, ils ne peuvent plus sortir. On ne s’en rappelle peut-être pas, mais quelque chose qui avait ému la communauté internationale, c’est un drone qui avait ciblé un bébé de 18 mois et qui était décédé. Il faut savoir que ce sont des milliers d’attaques, plusieurs centaines de morts depuis le début de 2026. La population civile à Kherson sert de laboratoire sordide et funeste aux Russes, on parle d’entraînement des soldats russes sur les civils au pilotage de drones qui font des morts…Donc cet homme-là est un cobaye.Il est une cible et un cobaye. Les deux réalités coexistent et c’est un cauchemar absolu. Plusieurs rapports de l’ONU qualifient cette campagne criminelle à l’encontre des civils de crimes contre l’humanité. Plusieurs ONG, dont Human Rights Watch aussi, expliquent qu’on est dans le registre du crime contre l’humanité. Cette façon d’assassiner les civils opère depuis 2024. Là, ce qui est exceptionnel, c’est qu’on a la séquence filmée en entier. C’est une preuve absolue. Le parquet ukrainien s’en est saisi pour alimenter son dossier qu’ils vont essayer de monter d’un point de vue juridique pour que les gens aient à rendre des comptes. Il y a des identifications de responsables d’unités qui opèrent là. À Kherson, un des volets sordides également, c’est que ça a servi de laboratoire à cette méthode qui s’exporte, entre guillemets, du côté de Kramatorsk ou du côté de Zaporijia. Et encore une fois, ce sont des milliers d’attaques à l’encontre de ces civils de façon systématique qui empêchent de contrôler.C’est une façon de dire aussi que vous n’êtes plus en sécurité nulle part.Bien sûr, c’est une façon de contrôler la circulation, les mouvements. Ils s’attaquent aux personnes âgées, aux enfants, à tout le monde. C’est une façon de soumettre, de pousser à partir. C’est aussi une façon de tuer en premier lieu, mais aussi de forcer le grand groupe à partir. Un déplacement forcé de population est un crime contre l’humanité.
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