Entre éclats de rire, silences suspendus et un final à couper le souffle, le public venu, dimanche 26 juillet, découvrir ou redécouvrir Thelma et Louise au Christine Cinéma Club, havre du 6e arrondissement parisien, est passé par toutes les émotions. Sorti il y a 35 ans, en 1991, le film de Ridley Scott, dans lequel deux femmes, jouées par Geena Davis et Susan Sarandon, partagent une cavale à travers les États-Unis, n'a pas pris une ride.À la sortie de la projection, les spectateurs, majoritairement âgés entre 17 et 26 ans, cinéphiles comme néophytes, débriefent entre eux sur le chemin du retour. Carnet de notes à la main, Émilie, 26 ans, est une habituée de ce cinéma indépendant qui ne programme que des films anciens. "Je viens toutes les semaines. C’est génial de voir de plus en plus de gens de mon âge", se réjouit-elle.Si la plupart connaissent déjà l’histoire, d'autres comme Matéo, 17 ans, fraîchement diplômé du baccalauréat, la découvre pour la première fois : "J’ai adoré le côté summer du film parfait pour les vacances. Il parle de problématiques fortes comme la manière dont les viols sont considérés par la justice et l'importance de la parole des victimes." Scène du film "Thelma et Louise" où Louise braque un chauffeur routier. (SIPA) Précurseur du female gaze (regard féminin) au cinéma, le film séduit le jeune public par sa dimension intemporelle grâce aux enjeux d’émancipation et de rébellion féminine qu'il aborde, toujours présents dans notre société. "C’est important de connaître et comprendre les films d’hier pour apprécier ceux d’aujourd'hui", lance Emma, 19 ans, étudiante en cinéma à Paris, impressionnée par l’esthétique singulière et indémodable de Thelma et Louise.Quentin Paliwoda, programmateur du Christine Cinéma Club, remarque cette hausse de l'intérêt des jeunes pour les films cultes. Celle-ci s'accompagne d'une croissance de la fréquentation de cette population dans les salles obscures : "Les réseaux sociaux nous ont offert un second souffle." Celui-ci évoque une culture de la cinéphilie qui se propage grâce aux réseaux sociaux. Parmi les projections du cinéma indépendant de deux salles de 160 et 90 places, Thelma et Louise est l'un des coups de cœur : "C’est une valeur sûre. Nous le programmons depuis plus d’un an chaque semaine", annonce le programmateur. La récente mise en avant du film à l’affiche du Festival de Cannes en 2026 a aussi contribué à relancer l’engouement autour de ce road movie des années 1990.Un moment de bascule après CovidSi la hausse de la fréquentation au cinéma, à l’échelle nationale, des jeunes de 18 à 24 ans est légèrement observable après la pandémie du coronavirus, passant de 30% en 2019 à 40% en 2021, selon une étude du CNC de 2021, Quentin Paliwoda constate une évolution frappante : "Après le Covid, on a perdu notre public âgé. En 2019, nos meilleures séances étaient celles de l'après-midi. Aujourd'hui, la tendance s’est inversée. Les jeunes viennent en majorité aux projections du soir."Celui-ci se félicite des près de cent mille entrées sur l’année 2025 : "C’est exceptionnel pour un cinéma indépendant". Le "Christine"
revient pourtant de loin : "En 2015, nous étions obligés de fermer l’été, se souvient-il. Aujourd'hui, le mois d'août est un très bon mois."Interrogés après le film, dimanche 26 juillet, la plupart des jeunes spectateurs viennent, au-delà de la programmation, pour profiter des tarifs abordables des entrées à seulement 6 euros pour les moins de 26 ans. Le site, situé à proximité des universités et du Quartier latin, devient un lieu de rendez-vous idéal pour les étudiants, explique Quentin Paliwoda.Des conditions optimales"Comme nos parents, on a l’occasion de découvrir ces œuvres au cinéma", s'enchante Matéo. Ici, la qualité de projection n’a rien à voir avec l’image et le son de sa petite télévision installée dans son studio de 9m2. Bien qu’abonné à des plateformes de vidéo à la demande, la joie de se rendre dans une vraie salle reste incomparable à ses yeux.Après la vague de canicule qui a traversé la France en juin dernier, plusieurs étudiants dans des situations précaires, cloisonnés dans un appartement sous les toits de la capitale, ont trouvé refuge sur les confortables sièges des salles obscures. "On est dans une salle climatisée, devant un bon film. Quoi de mieux ?", lance Emma.Si la fréquentation du cinéma s’est élargie à un public plus jeune, les classes sociales, elles, peinent à se diversifier. "Il suffit de regarder autour de nous. On est dans un entre-soi de bobos parisiens qui viennent d’un milieu aisé, regrette Émilie. C’est dommage que ça ne soit pas plus ouvert car les vieux films ont plein de choses à nous dire sur la société." Une problématique malheureusement qui paraît systémique au monde de la culture.

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