Il y avait Léon Marchand, évidemment. Mais il n'y avait pas que lui. Au terme d'une semaine riche en émotions au Centre aquatique olympique de Saint-Denis, en ébullition tout du long, l'équipe de France quitte "ses" championnats d'Europe avec onze médailles (quatre en or, quatre en argent et trois en bronze).Avec ses deux locomotives diminuées par les blessures, l'émergence de Mary-Ambre Moluh, la confirmation de plusieurs jeunes et une densité retrouvée dans les relais, les Bleus ont surtout montré qu'ils étaient en train de changer de dimension.Marchand, le patron a encore dépassé ses limites et les attentesIl devait être la grande attraction de cet Euro à domicile. Il l'a été. Malgré son adducteur droit touché six semaines plus tôt, qui l'a contraint à alléger son programme, Léon Marchand a terminé la semaine avec deux titres individuels, pour deux démonstrations d'une insolence dont lui a seul a le secret, sur 200 m papillon puis 400 m nage libre, auxquels s'ajoute l'argent du 4x200 m nage libre et le bronze du 4x100 m 4 nages masculin. Comment trouver les mots pour qualifier les performances de Léon Marchand ? Titré la veille sur le 200 mètres papillon, le Français a encore étalé toute sa classe sur un format inédit pour lui. Mais il en faut plus pour l'impressionner. Encore seul au monde, le tricolore a triomphé sur le 400 m nage libre où il n'a fait qu'une bouchée de la concurrence. Une nouvelle prestation pour les manuels d'histoire. 5min Le Toulousain reste donc l'empereur de son milieu, et a surtout opéré avec brio, et de manière spectaculaire, sa mue vers le crawl. ''Un avion de chasse'', selon Camille Lacourt, qui voit en Marchand l'une des deux locomotives d'une équipe qu'il juge désormais beaucoup plus solide. Mais cette semaine a aussi montré que la France pouvait désormais compter sur davantage de figures fortes.Moluh et le dos français envoient un messageC'est peut-être le symbole le plus fort de la semaine. Mary-Ambre Moluh n'est plus seulement une jeune pépite prometteuse : à 20 ans, elle est devenue championne d'Europe du 100 m dos et recordwoman du continent en 57''94. Et elle avait déjà pris l'argent sur 50 m dos, en améliorant son record de France. ''Elle est passée de quelqu'un qui est qualifiée en équipe de France, à championne d'Europe, avec le record d'Europe'', souligne Denis Auguin, Directeur technique national de la FFN. Quel récital de Mary-Ambre Moluh ce samedi soir à Saint-Denis. Intouchable, la Française a écrasé la concurrence sur la finale du 100 mètres dos dans une ambiance assourdissante. Titrée avec la manière, la tricolore est accompagnée sur la boîte par sa compatriote Pauline Mahieu, bronzée juste derrière la Hollandaise Marrit Steenbergen. 3min Le DTN insiste surtout sur le caractère de la jeune pensionnaire à l'Insep, sa lucidité et sa capacité à assumer l'affrontement. ''Elle a fait une course de taulière [sur 100 m dos], elle est partie devant et elle a assumé de bout en bout'', a-t-il rappelé. Pour Camille Lacourt, le changement est encore plus spectaculaire. ''On a une vraie tête d'affiche au niveau européen, voire au niveau mondial avec Mary-Ambre, nous assure l'ancien dossiste et quintuple champion du monde entre 2011 et 2017. Et ça, on ne l'avait pas il y a encore une semaine.'' À lire aussi Mary-Ambre Moluh et Pauline Mahieu au sommet de l'Europe, la consécration ultime pour l'école française du dos Cerise sur le gâteau, elle n'était pas seule. Pauline Mahieu, 27 ans, a également décroché deux médailles de bronze, sur 200 puis 100 m dos. De quoi installer un véritable duo français au sommet européen de la spécialité.Grousset bluffant, Ndoye-Brouard décevant, la jeunesse pousseDeux mois après sa fracture du pied, Maxime Grousset a réussi son pari fou. Médaillé d'argent sur 50 et 100 m papillon, le Français a retrouvé le podium continental alors que sa préparation avait été profondément bouleversée. Une performance qui impressionne forcément. ''Il a tout de suite cru que c'était possible'', raconte Auguin, qui décrit un nageur doté d'une ''vraie capacité de rebond''.

À lire aussi : Récit Deux mois pile après une fracture du pied, le miraculé Maxime Grousset enflamme Saint-Denis avec deux médailles européennes en 95 minutes Tout le monde n'a cependant pas vécu la même semaine. Yohann Ndoye-Brouard repart particulièrement frustré, malgré le bronze du relais dimanche soir. Attendu pour une, voire deux médailles sur ses distances en dos, il a d'abord été éliminé sur une erreur stratégique sur le 200 m, avant de terminer au pied du podium sur le 100 m dimanche. Une semaine à oublier au regard de ses ambitions et de son statut. Thomas Ceccon est tombé sur un Apostolos Christou des grands jours à Saint-Denis. Grâce à un retour phénoménal, le Grec a en effet empoché l'or devant son rival italien au bout du suspense. En bronze, on retrouve le Russe Pavel Samusenko juste devant le Français Yohann Ndoye-Brouard. Mewen Tomac termine lui septième. 2min À l'inverse, la jeune génération a frappé à la porte. Le Corse Sauveur Cristofini, 16 ans, a engrangé de l'expérience et confirmé des aptitudes qui le placent déjà très haut dans les standards internationaux, autant sur 200 m que 400 m nage libre. Nathan Muratory (18 ans) a, lui, marqué les esprits avec son record du monde juniors sur 200 m dos, en séries."Il y a beaucoup de choses intéressantes, et c'est cette forte densité qui va nous permettre de progresser encore d'ici à deux ans et les JO de Los Angeles'', résume Denis Auguin. Le DTN prévient toutefois qu'il faudra laisser le jeune Corse grandir tranquillement : ''Il faut surtout lui foutre la paix.'' La formule dit beaucoup de la volonté de ne pas brûler les étapes.Les relais, le meilleur indicateur de la densitéC'est peut-être là que le bilan prend le plus de sens. L'argent du 4x200 m nage libre masculin, le titre du 4x100 m 4 nages mixte, puis le bronze du 4x100 m 4 nages hommes ont confirmé une densité nouvelle. Les relais féminins ont également flirté avec le podium, avec deux quatrièmes places sur 4x100 m nage libre et 4x100 m 4 nages, les deux étant assortis d'un record de France. Yohann Ndoye-Brouard, Carl Aitkaci, Léon Marchand et Maxime Grousset ont mis un formidable point final à leurs Championnats d'Europe à domicile. Poussés par un public acquis à leur cause, les Français se sont parés de bronze au terme d'une épreuve au niveau fou. Devant, les Russes ont marqué leur retour en forme en empochant l'or. 5min Pour Denis Auguin, c'était précisément l'objectif, en ''créant de l'émergence'' aussi bien individuellement que collectivement. Car avec les nouvelles règles de qualifications olympiques, la France devra disposer de davantage de nageurs capables d'évoluer au plus haut niveau. ''Si on veut être une nation conquérante aux JO, il faudra qu'il y ait de la densité'', insiste le DTN.Et c'est finalement ce que retient Camille Lacourt. Derrière les ''personnalités extraordinaires'' de Marchand et Grousset, toute une équipe semble désormais se persuader qu'elle peut atteindre très haut. Une culture de la performance qui, selon le consultant France Télévisions, commence à s'installer. À deux ans des Jeux de Los Angeles, c'est sans doute la plus belle promesse laissée par ces championnats d'Europe de Saint-Denis.