Derrière les statistiques, des vies brisées. Selon les autorités sanitaires, la canicule exceptionnelle qui a touché la France en juin 2026 a considérablement accru la mortalité dans le pays. "Au moins 2 025 décès supplémentaires" ont été recensés entre le 22 et le 28 juin, a annoncé Stéphanie Rist, vendredi 3 juillet, sur TF1.

Rien qu'en Ile-de-France, la mortalité a plus que doublé par rapport à son niveau normal, selon un bulletin publié le 17 juillet, évoquant une augmentation de "122% entre le nombre de décès attendu et celui observé", ce qui représente 1 565 morts supplémentaires. Et ce, sans compter les noyades mortelles, favorisées par des baignades à risques lors des fortes chaleurs.

"Le dernier bilan, qui mérite d'être consolidé, fait état de 142 décès depuis le 19 juin", a déploré la ministre des Sports, Marina Ferrari, sur France 2, le 15 juillet. À lire aussi Nombre de morts, tranches d'âge, régions concernées... Ce qu'il faut retenir du premier bilan de la canicule du mois de juin Qui sont ces milliers de personnes à avoir succombé aux températures extrêmes ?

Louisette était seule à son domicile quand une amie l'a retrouvée, inconsciente, en hypothermie. Ridvan était un jeune ouvrier qui voulait se rafraîchir dans le canal Saint-Martin, à Paris, lorsqu'il s'est noyé. Florean, lui, vivait dans son monospace, à côté de laquelle les pompiers ont retrouvé ce SDF. Adam, 3 ans et demi, a échappé à la vigilance de ses parents pour s'enfermer dans leur voiture, où il faisait 67°C selon les secours.

Enfin, Patrick s'était durement entraîné avant de grimper le mont Ventoux à vélo. Il a succombé à un arrêt cardiaque. Tous sont des victimes de la canicule du mois de juin. Louisette, 93 ans, victime d'hyperthermie dans son appartement de Sceaux Louisette Rivalain, morte à 93 ans de la canicule dans son studio de Sceaux (Hauts-de-Seine), le 29 juin 2026. (ODILE SANT POUR FRANCEINFO) Une voisine qui "ne se plaignait jamais".

C'est dans le silence et la chaleur étouffante de son studio du square Robinson, à Sceaux (Hauts-de-Seine), que Louisette Rivalain, âgée de 93 ans, a été retrouvée inconsciente, dimanche 28 juin, par son amie Odile Sant. Dans l'appartement, il faisait alors 34°C. Avec la canicule, cette amie de très longue date se faisait beaucoup de souci pour Louisette.

Elle lui avait interdit de sortir aux heures les plus chaudes, que ce soit pour ses promenades quotidiennes ou ses courses, qu'elle continuait d'effectuer malgré sa canne et sa surdité. Ces dernières semaines, Odile Sant se battait pour que l'ancienne aide-soignante puisse retrouver ses volets, retirés en raison de travaux sur la façade de l'immeuble.

Cette "petite souris d'1,40m", qui ne "devait pas peser plus de 30 kg", selon une voisine, vivait seule et n'avait pas pour habitude de demander de l'aide. Elle avait plutôt tendance à la refuser, "par peur de déranger". "Elle était encore très vive et très discrète, se souvient une autre habitante de l'immeuble.

" Bien qu'inscrite sur le registre des personnes âgées isolées à contacter en cas de canicule, selon un communiqué de la mairie, Louisette a refusé de troquer, même temporairement, son studio pour une chambre climatisée à l'Ehpad de la ville. "Elle voulait avant tout rester autonome", explique Odile Sant, qui avait fini par la convaincre, après des heures de négociations, d'accepter la venue d'aides ménagères.

"La dernière parole que j'ai partagée avec elle, c'était le vendredi. J'étais partie lui acheter de quoi protéger ses fenêtres et une nouvelle nappe pour égayer son petit appartement. "Ridvan, 21 ans, noyé dans le canal Saint-Martin à Paris Une photo de Ridvan, transmise par sa nièce Sylvie le 29 juin 2026. (SYLVIE GUNDUZ) C'est la dernière vidéo enregistrée par Ridvan sur son téléphone. Elle date du jeudi 25 juin, en plein épisode de canicule.

On y voit le jeune Kurde accompagné de deux amis au bord du canal Saint-Martin à Paris. Depuis que la baignade y a été autorisée neuf jours plus tôt, le cours d'eau vaseux s'est transformé en vaste plage urbaine. Plongeons, saltos, bombes... A Paris et dans le Val-d'Oise, où vit Ridvan en colocation avec un ami, les nuits tropicales s'enchaînent depuis plusieurs jours. En journée, le thermomètre dépasse les 40°C et les records de température se succèdent.

Après une matinée de travail sur un chantier, le jeune ouvrier se rend dans la capitale avec deux collègues pour boire un verre. "Il a proposé de se baigner, alors qu'il n'était pas parti pour le faire", assure Sylvie Gündüz, sa nièce. "Ce n'était pas un grand nageur, il a toujours eu peur de l'eau, il n'allait jamais se baigner", assure la mère de famille, qui a hébergé Ridvan quelques mois à son arrivée de Turquie en 2022.

La couleur de l'eau, verdâtre, n'inspire pas ses deux amis, qui lui proposent d'aller boire un café. Une demi-heure après avoir laissé Ridvan, ses deux amis tentent de le retrouver. En vain. Des proches se rendent sur place pour les aider. "On a cherché partout, dans deux commissariats", explique l'un d'eux au Parisien. Le corps de Ridvan est retrouvé inanimé le lendemain par les pompiers.

"Quand il a appris sa mort, le frère de Ridvan nous a dit : 'A dix ans, notre père est mort, puis notre mère nous a abandonnés. Florean, 65 ans, retrouvé sans vie à côté de sa voiture à Saint-Mandé La voiture dans laquelle vivait Florean, mort à 65 ans à Saint-Mandé (Val-de-Marne). (FLORENCE MOREL / FRANCEINFO) Un matelas en mousse, une chaise noire et un amas de vêtements jonchent le trottoir de la rue du Commandant-l'Herminier de Saint-Mandé (Val-de-Marne).

Sous les chênes verts, dans cette rue où se succèdent épaves et voitures électriques rutilantes, c'est sous les roues d'un vieux Renault Espace, à la tôle vert pomme rouillée, que le corps de Florean, 65 ans, a été retrouvé sans vie jeudi 25 juin. Le véhicule était devenu son domicile de fortune. "Je pensais qu'il dormait à côté de sa voiture pour éviter la chaleur", confie une voisine, qui lui apportait régulièrement de l'eau et des plats cuisinés.

"Je lui ai même parlé en déposant de la nourriture, croyant qu'il avait un peu trop bu", lâche-t-elle un peu gênée. Le sexagénaire, décrit comme "assez costaud au crâne dégarni", vivait dans ce quartier qui borde le boulevard périphérique depuis un peu plus de deux ans. Originaire de Roumanie, il était souvent aperçu au guidon de son vélo, qu'il utilisait lorsqu'il cherchait quelques affaires à récupérer dans les poubelles.

Malgré ses conditions de vie, les riverains le décrivent comme discret et très gentil, même si, depuis la mort de sa sœur, le sourire laissait parfois place aux larmes. Il refusait que les voisins appellent les numéros d'hébergement d'urgence, été comme hiver, préférant dormir seul dans sa voiture plutôt qu'en mauvaise compagnie.

Adam, 3 ans et demi, mort dans la voiture de ses parents à Saint-Gratien La rue où est mort Adam, 3 ans et demi, à Saint-Gratien (Val-d'Oise), le 2 juillet 2026. (FLORENCE MOREL / FRANCEINFO) Aux abords d'un petit pavillon caché derrière une haie épaisse, les habitants de Saint-Gratien n'arrivent toujours pas à imaginer comment un enfant d'à peine 3 ans et demi a pu succomber à la chaleur extrême qui s'est abattue sur cette petite commune du Val-d'Oise.

Il est environ 19 heures, mercredi 24 juin, et la température avoisine toujours les 40°C, quand les secours tentent en vain de ranimer le petit corps d'Adam au pied de la voiture familiale. Quelques minutes plus tôt, l'habitacle s'est transformé en fournaise.

D'après les images de vidéosurveillance, le petit garçon est entré dans l'habitacle aux alentours de 16h15 et ne sera découvert que deux heures et demie plus tard par sa mère, sortant d'une sieste avec son deuxième enfant de 18 mois. Quant au père de l'enfant, il télétravaillait dans une annexe installée dans le jardin. En état de choc, la mère a été hospitalisée. "C'est une image qui reste, confie, très ému, un voisin qui a assisté à la scène.

Je n'arrive toujours pas à croire que ça leur soit arrivé. Comme je suis âgé, ils m'avaient proposé de venir profiter d'une salle climatisée chez eux... "Patrick, 64 ans, victime d'un arrêt cardiaque en grimpant le mont Ventoux à vélo Une stèle est installée en mémoire de Patrick, près du sommet du mont Ventoux (Vaucluse), après la mort du cycliste le 17 juin 2026. (CHARLES AUTHEMAN) Une plaque, quelques fleurs et des cailloux forment désormais une petite stèle en son honneur.

Mercredi 17 juin, au tout début de la vague de chaleur, un homme est mort d'un arrêt cardiaque sur son vélo alors qu'il grimpait le mont Ventoux, dans le Vaucluse. Le drame est survenu à 11h07 au niveau de Bédoin, raconte Le Dauphiné libéré. Il se trouvait à 500 m de l'arrivée quand il a aperçu Patrick, 64 ans, sur la route. "J'ai tourné la tête vers un autre cycliste et, quand je suis revenu vers lui, il était dans les cailloux, tombé comme une pierre", se souvient-il.

Le photographe, accompagné d'un autre sportif, se rend compte qu'il ne respire plus et commence le massage cardiaque, jusqu'à l'arrivée des pompiers, "20 minutes plus tard". "Il était transpirant. Il a depuis pu rencontrer le fils de Patrick, Nicolas Paulin, venu sur place pour "se recueillir, faire son dernier trajet". Le retraité de l'armée de l'air, originaire de Gravelotte (Moselle), n'en était pas à sa première aventure.

Son fils en dresse la longue liste à franceinfo : vols de "paramoteur en Lorraine, puis à Cuba, en Mongolie ou en République dominicaine", voyage à moto à travers l'Europe et "sorties de plus de 150 km à vélo, sa passion". "Il était entraîné, sportif, il s'était préparé au dénivelé" pour cette première ascension du Ventoux. Sur place, l'aîné de la fratrie a installé une petite plaque gravée des mots "A mon papa".

"C'est devenu un petit mémorial, beaucoup de cyclistes ont déposé des fleurs, décrit Charles Autheman. " "Il a vécu son rêve, sourit Nicolas Paulin. "