L' Arabie saoudite est sur tous les fronts dans l'industrie du jeu vidéo cet été. Alors que se poursuit à Paris l’Esports World Cup , compétition créée en 2024 par Riyad mais délocalisée cette année en raison de la guerre en Iran , la monarchie du Golfe a frappé un grand coup mercredi 5 août avec le rachat du géant américain Electronic Arts (EA) .

Connu pour ses franchises "EA Sports FC" , le simulateur de vie "Les Sims" ou encore le jeu de tir en ligne "Battlefield", l'éditeur californien a conclu un accord à 55 milliards de dollars avec le Fonds public d’investissement d’Arabie saoudite, Silver Lake et Affinity Partners, un fonds dirigé par Jared Kushner , le gendre de Donald Trump .

La monarchie pétrolière resserre ainsi son emprise sur le secteur du jeu vidéo, devenu un instrument central de soft power et de diversification économique pour le prince Mohammed ben Salmane . Avant ce coup d'éclat, l'Arabie saoudite avait déjà pris des parts minoritaires dans des entreprises comme Nintendo ou encore Capcom. Elle investit aussi massivement dans l'e-sport, faisant de Riyad l'une des capitales les plus en vue dans le secteur du jeu vidéo compétitif.

Quels sont les objectifs poursuivis par le royaume avec ces investissements massifs ? France 24 a posé la question à Olivier Mauco, créateur de jeux vidéo et chercheur en sciences politiques, également président de l'Observatoire européen des jeux vidéo.

France 24 : L'Arabie saoudite a récemment créé l'événement en rachetant le mastodonte américain Electronic Arts. Est-ce à dire que le royaume veut peser sur toute la chaîne du jeu vidéo ?

Olivier Mauco : Oui, absolument. C'est vraiment un mouvement très intéressant pour le monde du jeu vidéo, puisque l'Arabie saoudite acquiert Electronic Arts, l'un des plus gros éditeurs mondiaux, qui a énormément de franchises, notamment dans l'e-sport avec "Battlefield", mais aussi "Les Sims".

C'est un moment très important, qui consacre une vision stratégique portée depuis plusieurs années, connue sous le nom de "plan Vision 2030" et qui fait du jeu vidéo une industrie majeure pour accompagner le monde de l'après-pétrole. On peut dire que les Saoudiens sont vraiment dans une logique de conquête du monde du jeu vidéo et de quasi-monopolisation de l'e-sport.

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Le journal économique Les Échos évoque un budget de 218 millions d'euros pour l'Esports World Cup, délocalisée cette année à Paris en raison de la guerre et du contexte géopolitique. Or les passionnés peuvent s'y rendre avec un billet à seulement sept euros. Ce n'est a priori pas très rentable. Alors que vient chercher l'Arabie saoudite en France ?

Premièrement, c'est une solution technique et pratique : Paris dispose des infrastructures pour faire de nombreuses compétitions et accueillir un tel événement. Deuxième point : la France est un partenaire de longue date dans le secteur. Enfin, Paris est une ville vitrine, connue dans le monde entier et qui légitime la compétition. N'oublions pas qu'il y a eu les Jeux olympiques il y a deux ans. Donc c'est aussi une place mondiale d'événements internationaux.

Le prince saoudien Mohammed ben Salmane, qui se dit lui-même grand consommateur de jeux vidéo, veut diversifier l'économie de son pays. Quel rôle joue-t-il dans les investissements de Riyad dans l'e-sport ?

Son intérêt pour le jeu vidéo est moteur, que ce soit dans l'e-sport mais aussi dans la création d'une ville comme Neom, qui est quasiment une ville tirée d'un jeu vidéo. Donc il a cette cette appétence naturelle pour le gaming. C'est aussi pour lui une manière de gérer la politique intérieure : on parle beaucoup de l'e-sport et de la capacité de Riyad à se projeter à l'international mais c'est aussi une manière de plaire à une population saoudienne qui est assez jeune, 60 à 65 % des Saoudiens ayant moins de 30 ans. Cela permet à cette jeunesse connectée d'avoir une activité fédératrice et source de fierté nationale.

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Mohammed ben Salmane veut faire de Riyad le hub mondial du jeu vidéo et prévoit d'ici quelques années 39 000 emplois, ce qui est énorme pour l'industrie. Il ne faut pas oublier qu'avec l'e-sport, il y a la partie jeu vidéo à proprement parler mais il y a aussi la partie événementielle, qui permet de tisser énormément de liens avec de nombreux acteurs nationaux.

Les jeux vidéo, c'est donc une manière pour Riyad de faire parler positivement du royaume ? Peut-on évoquer ici une politique d'"esport washing" ?

Oui, il y a de l'"esport washing". Cela permet, d'une part, de changer la perception que l'on a du royaume saoudien en véhiculant une image plus moderne, plutôt cool, pop culture. C'est une manière de tenter de faire oublier les problématiques concernant les droits humains ou encore la condition des femmes , etc. D'autre part, cela permet aussi d'être dans une présence systématique dans le quotidien de la plupart des joueurs.