"Maestro", "génie", "extraterrestre"... Les qualificatifs pour désigner le talent de Frédéric Villeroux sont loin d'avoir disparu. Après avoir gagné, lors des Jeux paralympiques de Paris 2024, sa place au panthéon des plus grands athlètes tricolores, en inscrivant le tir au but décisif en finale contre l'Argentine (1-1, 3-2 aux tab), le capitaine de l'équipe de France de cécifoot est de retour au premier plan. En ligne de mire pour le numéro 10 et toute sa bande : les championnats d'Europe organisés à Strasbourg - et diffusés en intégralité sur France.tv à compter du lundi 17 août. À lire aussi Deux ans après le sacre paralympique devant la tour Eiffel, l'équipe de France de cécifoot veut transformer l'essai lors des championnats d'Europe Pour franceinfo: sport, le meneur de jeu des Bleus évoque la défense du titre continental remporté en 2022 et la nécessité de "ne pas se manquer" en Alsace, pour capitaliser sur l'intérêt suscité à Paris. Il revient également sur l'héritage mitigé de ces Jeux à la maison.Franceinfo:sport : Comment vous sentez-vous à l'idée de retrouver le public français, deux ans après un titre paralympique que personne n'a oublié ?

Frédéric Villeroux : Il y a une grande attente, forcément. Ce titre, c'est quelque chose d'inoubliable pour nous, ça a été un moment important et le public a été un élément déterminant dans notre réussite donc j'espère que ce sera pareil à Strasbourg. On a une envie énorme de repartager des moments exceptionnels avec nos supporters. Moi je voulais arrêter après Paris mais j'ai appris que les championnats d'Europe étaient en France donc c'est pour ça que j'ai voulu continuer, ça faisait partie des grands objectifs. Je pense qu'il y a tant de choses qu'on n'a pas pu faire avec le public... Être plus accessible, partager des moments privilégiés avec les gens qui viennent nous soutenir, j'avais vraiment envie de cela. Permettre de sensibiliser à notre handicap, notre discipline et partager des moments chouettes, c'est ça l'idée. 2min On évoque souvent l'héritage de ces Jeux paralympiques à Paris. Qu'est-ce qu'il en reste et qu'est-ce qui a changé selon vous ?Je l'ai déjà dit et je pense que je ne suis pas le seul athlète en parasport à l'avoir dit, malheureusement pour le sport en général il y a eu des coupures de budget et ça a touché tout le monde. Je trouve ça dommage, d'autant que je suis éducateur sportif donc tout ce qui est sport pour tous, ça me touche, et quand quelqu'un est empêché de faire du sport, qu'on lui dit qu'il y a des budgets en moins, quand on parle d'enfants parfois en difficulté, là, c'est très compliqué. Je ne dis pas qu'il faut toujours aider les gens mais le sport véhicule beaucoup de valeurs qui sont importantes dans notre société, surtout dans une période où la sédentarité gagne du terrain. Il faut faire du sport, pour notre santé, notre santé mentale... Ça nourrit tout un écosystème et engendre du positif à tous les points de vue.Pour rappel, vous et les membres de l'équipe de France avez toujours le statut d'amateur...Oui c'est toujours le cas. Quand tu es amateur et que tu te vois 35 jours dans l'année, en comparaison avec des équipes professionnelles comme le Brésil dont les joueurs se voient plus de 200 jours par an et s'entraînent deux fois par jour, c'est un tout autre niveau. On a moins d'aides en parasport car on est en dehors des Jeux paralympiques, il y a moins de moyens donc moins de stages... Il faut faire avec ce qu'on peut, on n'est pas les plus à plaindre, il ne faut pas tout critiquer non plus. Ça part de tout en haut, si on valorise le sport, plus bas les villes, les départements, les régions vont le valoriser aussi et ensuite les clubs vont se développer, les enfants vont prendre des licences, les partenaires vont venir, les subventions suivront, le public sera au rendez-vous... Ça ruisselle. Il faut continuer à communiquer sur le parasport, il peut y avoir du public et je pense que cet été, ça va être rempli. Et pour continuer à avancer, il faut performer. C'est à nous maintenant de jouer notre rôle sur le terrain. Retrouvez les championnats d'Europe de Cécifoot du 17 au 23 août 2026. 1min Comment est-ce que vous abordez ces championnats d'Europe ? Car vous avez un titre à défendre et une nouvelle étiquette depuis l'été 2024...C'est une échéance importante parce que si on passe à travers, on va perdre les médias. Il faut continuer à capitaliser sur le titre de champion paralympique. Si on perd notre titre de champion d'Europe, on redoute que ça s'essouffle donc il ne faut pas se manquer. C'est aussi une remise en question de notre niveau sur le plan international. Cela fait deux ans qu'on n'a pas fait de grosse compétition, ça arrive au bon moment. Si on veut continuer à avoir les partenaires et le public avec nous, il faut que l'on performe sur ces championnats d'Europe."Porter le ballon, distribuer, produire du jeu... On veut montrer ce que l'on n'a pas pu mettre en place lors des Jeux paralympiques à Paris."Frédéric Villeroux, le capitaine de l'équipe de France de cécifootà franceinfo: sportEst-ce que la diffusion de la compétition pour la première fois sur les antennes de France Télévisions ajoute de la pression ?Disons qu'avec la diffusion TV, si on se manque, j'ai peur que les médias s'éloignent de notre projet. Il y aura de la pression en plus, c'est vrai, ça va être un moment important et on a envie de montrer une belle image. A Paris, on a joué contre des équipes beaucoup plus fortes que nous, on a joué avec nos forces et leurs faiblesses, on a fait beaucoup de contre-attaques, mais là on a envie d'installer notre jeu. Du jeu de passes, de belles actions construites... Les gens veulent voir ça, du jeu collectif.

Le sélectionneur Toussaint Akpweh disait : "On a gagné à Paris mais on n'a pas bien joué". Vous êtes d'accord avec cette analyse ?Oui je pense qu'il y a largement de la marge dans le collectif, tactiquement et techniquement. Physiquement, on n'est pas prêts comme lors des Jeux pour plusieurs raisons : il y a eu un peu de casse, on reste un sport amateur... On n'a pas du tout la même préparation qu'on a eu à Paris. C'est à nous d'être bons, de jouer avec tout cela, ne pas se mettre en surrégime et jouer intelligemment. Sur le papier, je pense qu'on a la qualité pour remporter cet Euro mais il ne faut pas avoir d'excès de confiance. On est l'équipe à battre pour toutes les autres nations. Mais c'est cool, j'aime bien quand il y a du défi !#Stade2 | ⚽ Cap sur l'Euro, via le Brésil🇫🇷 Les champions paralympiques de cécifoot ont choisi le Brésil pour préparer les Championnats d'Europe. Stade 2 les a suivis au plus près avant leur grand rendez-vous à Strasbourg.📺 L'émission en direct sur https://t.co/LcvzhE4Q6I pic.twitter.com/rtfzQeWGr2— francetvsport (@francetvsport) August 2, 2026 Est-ce qu'après vos prestations XXL aux Jeux à Paris, votre statut de capitaine, vous êtes un peu plus ciblé qu'avant par vos adversaires ?Non non, ça fait des années qu'on me surveille ! On pensait que j'étais un peu vieux et que j'allais un peu tirer la caravane mais j'ai eu de la chance à Paris, c'est passé juste car à 15 jours près, je n'étais pas sûr de faire les Jeux. Les médecins ont fait un gros boulot. C'est pour cela que toutes les planètes étaient alignées en 2024. Maintenant on sait qu'on va être attendus, qu'il y aura des contrats sur certains joueurs. A nous d'être intelligents, dribbler loin, d'aller moins au contact et de briller par le jeu de passes. Les trois matchs de poules que l'on a contre l'Angleterre (17 août à 16 heures), la Grèce (18 août à 16 heures) et l'Allemagne (19 août à 16 heures), ça va envoyer du bois car ce sont trois équipes qui jouent rude. Il va falloir faire attention à ne plus avoir de casse.Votre projet est-il, désormais, de continuer jusqu'à Los Angeles en 2028 ? Cela fait partie de votre réflexion ?On va déjà se concentrer sur l'Euro, car ça va repousser un peu plus la réflexion. Il y a eu des changements de réglementation qui font qu'une victoire à l'Euro n'est plus directement qualificative pour les Jeux paralympiques, comme c'était le cas jusque-là. C'est une mauvaise idée selon moi car ça casse la ferveur des gens, on perd de l'enjeu en enlevant ce billet pour le vainqueur de la compétition. Ce sera peut-être le 3e ou le 4e des championnats d'Europe qui ira aux Jeux en remportant un mini-tournoi de qualification, ça brise un peu la hiérarchie, je trouve ça dommage, surtout de l'apprendre à la moitié de l'olympiade. Mais on va faire avec !