La Ligue féminine de football professionnel (LFFP) a annoncé la nouvelle le 20 juillet. La prochaine saison de Seconde Ligue, la 2e division française de football féminin, se jouera à 11 équipes au lieu de 12. En cause, un jeu de montées/descentes impacté par les relégations administratives de plusieurs équipes. Dijon, qui évoluait en première division, a été exclu des compétitions nationales par la DNCG, laissant sa place dans l’élite à Lens, qui aurait dû descendre en Seconde Ligue. Dans le même temps, le Stade de Reims - qui avait terminé 9e de 2e division - a décidé de ne plus engager d'équipe féminine au niveau professionnel. Deux places étaient donc à pourvoir en Seconde Ligue, et si le RC Roubaix-Wervicq a accepté d’être repêché, ce n’est pas le cas de Rodez et de Caen, qui ont décliné la main tendue par la Ligue. Deux refus qui interrogent quant à l'attractivité du championnat de deuxième division.Dans son communiqué publié le 13 juillet, le SM Caen est très clair. Si le club normand, qui avait terminé troisième de la poule A de D3*, a refusé d’être promu administrativement, c’est d’abord car la proposition lui a été faite tardivement. "Cette accession, de nature administrative et non sportive, a été formulée à quelques jours seulement de la reprise, prévue en juillet pour les entraînements et en août pour la compétition officielle [...] ce qui ne permet pas de préparer une montée dans de bonnes conditions".* La D3 est constituée de deux poules, l'une avec les clubs de l'Ouest, l'autre avec ceux de l'Est.Une montée qui "ne s'improvise pas"Comme le souligne le club, une accession en Seconde Ligue "ne s’improvise pas". De par son caractère professionnel, le championnat de deuxième division impose aux équipes qui y prennent part un cahier des charges conséquent, loin de celui de la D3. Par exemple, un club promu doit avoir dans ses rangs au moins huit joueuses avec un contrat fédéral à mi-temps, qui respecte la convention collective signée en juin dernier. A contrario, en 3e division, il n'y a aucune obligation, et une équipe peut être exclusivement constituée de joueuses avec un statut amateur ou semi-professionnel.
À lire aussi Arkema Première Ligue : un accord sur une convention collective des footballeuses professionnelles a été trouvé après trois ans de négociations Pour le club détenu à 80% par Kylian Mbappé, une montée en Seconde Ligue aurait aussi contraint à "recruter de nouveaux membres au sein du staff" et de "satisfaire différentes obligations liées, par exemple, à l'organisation des rencontres", selon son communiqué. A 400 kilomètres de Caen, le club de Roubaix-Wervicq s’active justement pour préparer sa rentrée en Seconde Ligue. Pour répondre aux exigences de son nouveau championnat, le promu a renforcé son personnel. "Le staff, l'année dernière, c'était trois personnes. Aujourd'hui, c'est sept ou huit", confie le président du club nordiste, Jean-Baptiste Gallen, à franceinfo: sport. Parmi les changements majeurs, l’équipe aura un kinésithérapeute et un médecin attitrés, ce qui n’était pas le cas la saison passée.Un investissement onéreux et peu rentableAfin de bien figurer en Seconde ligue, le RCRW vise aussi le recrutement de joueuses "un peu plus aguerries". Mais tout cela à un coût. "Nous, c'est une augmentation de notre budget d'à peu près 300 000 €", reconnaît le président du club fondé en 2018. Il y a un an, c’est aussi la somme qu’avait dû ajouter l’US Saint-Malo lors de sa montée en 2e division. Le budget "était entre 400 000 et 450 000 euros en D3. On sera à 750 000 euros cette année", avait alors détaillé le directeur général du club, Fabrice Rolland, à Ouest-France. Un effort conséquent, qui faisait de l’équipe bretonne le plus petit budget du championnat la saison passée, ce qui ne l'a pas empêché d'accrocher une promotion en D1 Arkema.Pour équilibrer leurs comptes, les clubs peuvent compter sur une dotation de la fédération, dont le montant "est passé de 80 000 à 120 000 euros", affirme Paul-Hervé Douillard, le directeur général de la Ligue féminine de football professionnel (LFFP), à franceinfo: sport. Insuffisant. Jean-Baptiste Gallen l’assure, "le foot féminin est un investissement à perte". Lui s’est permis d’accepter la promotion de son équipe en 2e division malgré le prix à payer, car l’objectif du club a toujours "été de jouer au plus haut niveau". Le RCRW ne dispose pas non plus de section masculine, "donc je ne suis pas tenté de donner plus d’argent aux garçons qu’aux filles", confesse le dirigeant. Une situation relativement isolée. Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par Racing Club Roubaix Wervicq Feminin (@rcrwfeminines)Dans les colonnes de La Dépêche, le président du club de Rodez est revenu sur le refus de son équipe féminine d’être sauvé de la relégation en 3e division. Une fois de plus, l’argument financier est au premier rang. "Pour la saison prochaine, notre budget a été validé par la DNCG avec une équipe féminine en Division 3. Et il y a une grosse différence entre les deux divisions". En Seconde Ligue, "on se déplace partout dans la France, cela représente un coût pas possible [le budget déplacement de Saint-Malo a triplé entre la D3 et la D2]. On ne pouvait le supporter que parce qu’on avait les garçons en Ligue 2, explique Pierre-Olivier Murat. Si des clubs arrêtent carrément leur section féminine, il faut peut-être se poser des questions sur ce championnat."Un modèle économique qui se cherche encoreA y regarder de plus près, la Seconde Ligue, à l'image du football féminin français dans son ensemble, se cherche encore un modèle économique. "Globalement, les sections féminines ne génèrent pas autant d’argent qu’elles ne dépensent", constate l'économiste Luc Arrondel, auprès de franceinfo: sport. A titre d'exemple, la section féminine de Reims, engagée cette saison en Seconde Ligue, enregistre "un déficit d’un million d’euros par an", selon son président Jean-Pierre Caillot. "Aujourd’hui, avoir une section féminine professionnelle, c’est du mécénat", a poursuivi le dirigeant lors de la conférence de presse de rentrée du club champenois, le 29 juin.En 2e comme en 3e division, les droits TV sont inexistants, tandis que les revenus issus de la billetterie, du merchandising et des transferts restent faibles. Pendant de nombreuses années, les sections féminines ont alors bénéficié de revenus de transferts issus des droits TV perçus par les sections masculines. Un procédé mis à mal par la crise économique que traverse le football masculin. “Aujourd’hui, les revenus des clubs reposent donc principalement sur les sponsors, mécènes et subventions", détaille Luc Arrondel. Des revenus qui ne grimpent pas nécessairement d’un championnat à l’autre, contrairement aux dépenses. "Pour certains clubs, le cahier des charges de la Seconde Ligue est sans doute trop onéreux vis-à-vis des retombées économiques qu’ils peuvent espérer", reconnaît l’économiste.Une contrainte dont est consciente la LFFP. "C'est un axe de développement pour nous de pouvoir augmenter nos aides à destination de ces clubs-là pour accompagner la structuration", promet Paul-Hervé Douillard, tout en précisant que les clubs devront aussi trouver d’autres sources de recette comme "le partenariat local". "On a besoin de clubs qui s'engagent durablement et qui sont prêts à investir maintenant pour créer une économie dans les années à venir."Paul-Hervé Douillard, le directeur général de la LFFPà franceinfo: sportCaen et Rodez n’ont, eux, pas totalement tiré un trait sur le monde professionnel. Dans son communiqué, le club normand promet qu’une "promotion sportive viendra — mais elle sera le fruit du travail de structuration et de formation actuellement mené". Le président du RAF mise, lui, sur la jeunesse. "Le schéma qu’on a en tête, c’est de se dire que dans deux ou trois ans, on aura une génération qui sera prête pour retourner en Seconde Ligue".
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