À la sortie de Grand-Champ (Morbihan), dans le lotissement qui donne sur des bois, un habitant est en train de laver sa voiture. "Les gens nous prennent pour des flippés", s'agace-t-il à la mention de l'animal. Pourtant, au fond de son jardin, il constate les dégâts : "C'est par là qu'il passe, il sectionne même la clôture. Il a chargé mon chien et on a dû rentrer en vitesse." L'habitant, au souvenir du face-à-face, décrit les très longues griffes, au bout des pattes de l'animal : "Je vous promets que s'il est devant vous, vous ne resterez pas devant lui." À lire aussi Le directeur du zoo de Beauval menace d'abandonner le projet d'accueil des dauphins de Marineland, faute de soutien de l'État "Je pense uniquement aux enfants, les petits de 4 ans qui courent dans les jardins", ajoute encore le voisin. Trois maisons plus loin, Emilie, nourrice à domicile, confirme ses inquiétudes. Elle montre des vidéos, les preuves que le blaireau rôde le soir venu. "Ma fille part au petit matin en trottinette électrique, elle s'est fait courser une fois par le blaireau", témoigne-t-elle. Autre épisode de cauchemar, une nuit à 3 heures du matin, quand son conjoint l'aperçoit par la fenêtre : "Il a tué une de mes poules ! Mon conjoint ne dormait pas, il l'a vu partir avec." Dans le poulailler vide, l'animal n'a laissé derrière lui que "les plumes de la grise, là-bas, et les restes de la rousse, ici".Son voisin, Nicolas, est sceptique, affirmant avoir "bien entendu les cris de terreur d'une poule. Mais ce n'est peut-être pas le blaireau, ça pourrait être une fouine", une piste plus probable selon lui.
Emilie est pourtant formelle : "Tout le monde me dit qu'un blaireau est censé se nourrir de petits rongeurs ou de vers de terre, sauf que mon conjoint l'a vu de ses propres yeux.""Pour moi, c'est lié à la canicule"Les riverains, excédés, demandent que le blaireau soit au moins déplacé, loin des habitations. Mais le président de la société de chasse, Benoît-Raphaël Castelain, également élu à la mairie, appelle tout le monde au calme. "Pour moi, c'est lié à la canicule, accuse-t-il. Quand il n'y a plus d'eau ni de nourriture sur leur territoire, ils vont près des maisons. Et quand il y a des animaux domestiques, il y a souvent des gamelles d'eau et de croquettes."À leur échelle, les élus sont impuissants. "C'est un animal sur lequel on n'a pas le droit de tirer, qu'on n'a pas le droit de piéger" en dehors des périodes d'ouverture de la chasse, à moins d'obtenir une autorisation spécifique du préfet. "Et les groupes qui interviennent pour le déterrage viennent essentiellement quand il y a des dégâts sur les cultures".La mairie a conseillé aux riverains de constituer un collectif, de prendre des photos et des vidéos pour faire réagir la préfecture. Cette dernière répond que le signalement est en cours d'étude par ses services spécialisés. L'élu Benoît-Raphaël Castelain se veut plutôt rassurant : "Le plus simple, c'est de le laisser. Si les températures diminuent, il retrouvera son comportement normal et s'éloignera."

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