Depuis trois semaines, chaque nuit, la situation se répète. Des hélicoptères ne peuvent plus atterrir sur la piste des urgences de l'hôpital de Hautepierre, à Strasbourg. En cause, des risques de collision avec des drones qui livrent clandestinement les détenus de la prison voisine. La prise en charge des patients en est directement affectée et cette situation révulse les soignants. Chaque nuit, faute de pouvoir atterrir aux urgences, les hélicoptères du Samu sont détournés vers un autre hôpital, en centre-ville. Les patients sont ensuite transférés aux urgences en ambulance."Le temps compte"Une demi-heure perdue, c'est beaucoup trop, selon Christian Prud'homme, du syndicat FO santé au CHU de Strasbourg : "On sait très bien que dans les urgences vitales, que ce soient des polytraumatisés de la route ou des cas de neurochirurgie, le temps compte, rappelle-t-il. À partir du moment où on le prend en charge sur la route, on se dit qu'il faut maximum une heure pour l'emmener au bloc opératoire. Donc si vous rajoutez une demi-heure de prise en charge due à cette difficulté, on va diminuer ses chances de 50%."Le représentant syndical fustige le risque de "mise en danger du patient", provoquant "une situation inacceptable et qui ne peut pas durer". Selon Christian Prud'homme, au moins un patient aurait subi des complications à cause de ce retard de prise en charge. La préfecture du Bas-Rhin travaille sur plusieurs options qui permettraient aux hélicoptères d'atterrir un peu plus près des urgences, par exemple sur "un stade de football à proximité ou une aire autoroute". Des solutions qui ne sont "pas acceptables" pour Christian Prud'homme. "Il faut vraiment qu'on arrive à faire atterrir l'hélicoptère à côté des urgences adultes", souligne le représentant de Forces Ouvrières.Ni brouilleurs, ni filets anti drones, l'impasse de solutionsPour cela, il faut toutefois pouvoir faire stopper ces survols de drones au-dessus de la prison voisine, celle de l'Elsau, en la rendant imperméable aux livraisons clandestines. Deux hommes âgés de 18 et 19 ans ont été condamnés mardi à des peines d'un an et demi et six mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Strasbourg dans une affaire de vol de drones au-dessus de la prison de l'Elsau dans la nuit du 12 au 13 août, selon ICI Alsace. En dehors de cette condamnation, il reste difficile de trouver des solutions au problème, reconnaît Franck Rassel, du syndicat FO Justice.

À lire aussi : Enquête franceinfo "Une réponse qui s'est musclée" : la lutte contre les drones en prison s'intensifie face à la multiplication des survols Le représentant syndical évoque une première solution, celle des brouilleurs. Mais ces derniers "ne fonctionnent pas tout le temps et sont toujours en retard au niveau technologique par rapport à la délinquance", souligne-t-il. Avant d'évoquer les filets anti drones, qui sont cette fois-ci "coûteux", expliquant que "l'administration n'a pas d'argent pour investir". C'est pour cela "qu'actuellement, les trois quarts des détenus peuvent prétendre à se faire livrer de la marchandise", détaille-t-il. D'après le syndicaliste, il y aurait actuellement une dizaine de livraisons par jour à la prison d'Elsau. A Strasbourg, les livraisons clandestines par drones vers la prison empêchent l'atterrissage d'hélicoptères à l'hôpital. Reportage de Boris Loumagne écouter (1:56)