Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.À Trieste (Italie), la plage de la Lanterne, divisée en deux par un mur avec les hommes d'un côté et les femmes de l'autre, est connue de tous. Rien de choquant pour les habitués. Tous ont leur explication, sans craindre les clichés. "Là-bas, les femmes font pia pia pia, toujours leur bavardage", lance un homme. "Les maris sont en paix de ce côté et nous les femmes, on est en paix de celui-là", abonde une femme. Une règle stricte depuis 1903Les au revoir se font dès l'entrée, comme pour un père et sa fille venus des Pays-Bas. Pour un groupe d'amis, en revanche, ils n'étaient pas au courant. C'est l'incompréhension. "C'est la première fois que j'entends une chose pareille et je n'en suis pas ravi", lance un homme. Cette règle stricte qui existe depuis 1903. À l'époque, Trieste appartenait encore à l'Autriche-Hongrie, où la séparation des sexes était très répandue dans l'espace public, une tradition que les habitants ont choisi de conserver. Pour Walter, 74 ans, en été, c'est devenu un rituel quotidien. "C'est beau ici, on est entre hommes, et il y a peu de monde. Les femmes, je les retrouve dehors pour l'apéro", dit-il. Presque deux fois plus d'espace chez les femmesCôté hommes, 400 places sont disponibles. Côté femmes, 750, presque deux fois plus. L'espace masculin est donc plus calme, idéal pour une sieste, suivi d'une baignade. La quiétude pour la lecture, et une bonne partie de cartes. Le paradis pour des amis qui viennent depuis toujours. "Je viens ici depuis presque 40 ans. J'emmenais mes enfants quand ils étaient petits. Ils ont grandi, se sont mariés, et maintenant c'est au tour de ma petite fille. On a perpétué la tradition de génération en génération", confie un homme.Si en comparaison, l'espace des femmes est bondé, c'est parce que la tradition veut que les enfants restent avec elles. Forcément, l'ambiance est plus mouvementée. Mais qu'importe, la plage non mixte fait ici l'unanimité. "Les frustrations, les complexes, il n'y en a pas ici. Toutes les femmes sont entre elles et elles sont libres d'être comme elles veulent", se réjouit une femme. "À Trieste, ils ont compris une chose qu'on a un peu oubliée : se séparer ne veut pas dire s'exclure l'un de l'autre. Ça veut dire se laisser à chacun son propre espace", ajoute une autre. Une parenthèse romantique pour certainsSurtout que les retrouvailles ne se font pas bien loin. Une fois le mur dépassé, il ne reste plus qu'à franchir la barrière de bouées. Pour un homme et sa fille qui s'étaient séparés à l'entrée, le rituel rappelle des souvenirs : "Quand elle m'a appelé de loin, ça m'a ramené 15 ans en arrière, quand elle était petite et qu'elle criait pour me dire de venir me baigner."
Sa fille apprécie également : "En fait, ça nous incite à aller se baigner. Et puis pour le reste, c'est pas grave, on se verra au dîner." L'occasion pour certains d'en faire même une parenthèse romantique. "On a le plaisir de se retrouver après. C'est pourquoi on est venu ici, parce que cette séparation, et ces retrouvailles", sourit une femme. Et les plus jeunes, eux, ont déjà compris que la règle était surtout faite pour être transgressée.
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