L'appétit financier de Gianni Infantino, président de la Fifa, est sans limite. Après une Coupe du monde record en termes de recettes, l'instance qui régit le foot mondial a présenté, mardi 28 juillet dans la soirée, un projet d'une nouvelle filiale regroupant ses activités commerciales et événementielles, dont des parts seraient vendues à un groupe d'investisseurs privés. Ces derniers seraient dirigés par Joshua Kushner, le frère du gendre de Donald Trump. Une initiative qui fait réagir, en premier lieu l'Uefa, l'organe européen. Le projet de la Fifa, en résumé La Fifa souhaite mettre en place la "Fifa Forward Enterprise" (FFE), une nouvelle filiale qui aurait pour mission de gérer ses droits commerciaux et l'organisation opérationnelle des tournois, dont la Coupe du monde et la Coupe du monde des clubs. Cette société serait détenue majoritairement par la Fifa, mais une "levée de fonds" pour récolter jusqu'à 4,2 milliards de dollars serait organisée auprès d'investisseurs "de long terme qui acquerront des participations minoritaires" de cette FFE.Selon la Fifa, qui est une association à but non lucratif, ce programme permettrait d'augmenter son financement de chaque fédération nationale à 20 millions de dollars pour le cycle 2027-2030 contre 8 millions de dollars actuellement. Ces financements pourraient, toujours selon la Fifa, "élargir l'accès au football, renforcer les infrastructures et les opportunités offertes dans le monde entier, et garantir que chaque association sportive bénéficie de la croissance du football". Ce projet est subordonné à l'approbation de la majorité des associations membres et aux autorisations requises du Conseil de la Fifa. Des proches de Donald Trump impliqués Un prix pour la paix de la Fifa attribué à Donald Trump, une intervention du président américain pour demander la levée de la suspension de Folarin Balogun à la Coupe du monde… La bonne entente entre Gianni Infantino et Donald Trump n'est plus à prouver, mais une partie du plan dévoilé par la Fifa, mardi, pourrait ressembler à un nouvel arrangement entre amis. À lire aussi Gianni Infantino, le patron de la Fifa qui "aime les riches et les puissants" et cultive sa relation avec Trump Dans son communiqué dévoilant son nouveau projet, la Fifa affirme que "Thrive Eternal [...] devrait diriger le groupe d'investisseurs proposé pour la FFE". Quel lien avec le président américain ? Thrive Eternal est un fonds créé par Joshua Kushner, frère du gendre de Donald Trump, Jared Kushner. En outre, selon The Times, qui a dévoilé le projet de la Fifa avant que l'instance ne communique officiellement, Gianni Infantino serait pressenti pour diriger lui-même la FFE à la fin de son mandat, ce qui lui permettrait de gagner plusieurs dizaines de millions de dollars par an.L'UEFA vent debout, la Concacaf préoccupée, l'AFC déçueAvant même l'officialisation par la Fifa, en réaction aux révélations du Times, l'UEFA n'a pas tardé à réagir, avec véhémence. Dans un communiqué de presse envoyé avant même l'officialisation par la Fifa avec, en lien l'article du Times, l'instance dirigeante du football européen fustige un projet qui "franchit une ligne que les institutions dirigeantes du football ne devraient jamais franchir". L'UEFA indique prendre cela "très au sérieux" et appelle "toutes les fédérations nationales" et "tous les acteurs concernés" à en faire autant. "L'âme et la gouvernance du football ne sont pas des actifs à marchander, surtout sans aucune transparence quant aux bénéficiaires financiers. Le football n'appartient à personne. La Fifa n'a pas le droit de le vendre", poursuit l'UEFA, qui tient une réunion d'urgence, mercredi 29 juillet.
UEFA statement on The Times article: ⬇️ pic.twitter.com/ye1tjfWRCb— UEFA (@UEFA) July 28, 2026 A l'instar de l'UEFA, la Concacaf, qui régit le football en Amérique du Nord, en Amérique centrale et aux Caraïbes, s'est dit "profondément préoccupée" par ce projet. L'instance regrette d'en avoir été informée seulement par les médias, "sans discussion préalable avec les organes de gouvernance et les parties prenantes concernés".Quant à la Fédération asiatique, elle a regretté de ne pas avoir "été consultée au sujet de cette proposition et est déçue qu'une question d'une telle importance soit devenue publique avant que la famille de l'AFC n'ait eu la possibilité de l'examiner et d'en débattre par les canaux de gouvernance appropriés et établis". "Si l'AFC reconnaît l'importance d'explorer des approches innovantes susceptibles de renforcer l'avenir du football mondial, des initiatives d'une telle ampleur et aux conséquences aussi importantes doivent reposer sur les principes de bonne gouvernance, de transparence et de consultation véritable."L'ex-patron de la Fifa, Sepp Blatter, ne s'est pas montré tendre non plus à l'égard de son successeur. "La relation étroite entre le président de la Fifa et le président des États-Unis a atteint une dimension financière qui nuit profondément au football. Personne n'a le droit de vendre notre sport", a-t-il écrit sur X. Les Fédérations européennes et les supporters réagissent vertementEn France, le président de la FFF Philippe Diallo a affirmé que ce projet "soulève beaucoup d'interrogations" au micro de France Inter. La Fédération anglaise a exprimé sa surprise et affirmé que "nous sommes profondément préoccupés par l'absence de processus et de gouvernance qui a conduit à cette situation, ainsi que par la substance et les principes apparents de ce projet". Le président de la Ligue espagnole, Javier Tebas, a affirmé sur son compte X que "les compétitions et les droits commerciaux de la Fifa ne sont pas le patrimoine personnel d'Infantino. Celui qui mélange politique, discipline, argent et pouvoir sans transparence ne peut rien diriger. Infantino n'est pas la solution à la gouvernance de la Fifa. C'est le problème."En escasamente un mes Gianni Infantino retira una tarjeta roja bajo "sospecha"de intervención política.Después, un requerimiento del Congreso de EE. UU para aclarar retirada de acusaciones por parte de FIFA,de ex miembros de FIFA condenados por corrupcion, entre otras cosas… pic.twitter.com/wkfN0HnWTx— Javier Tebas Medrano (@Tebasjavier) July 29, 2026 L'un des vice-présidents de la Fédération allemande (DFB) Hans-Joachim Watzke a expliqué, auprès du bi-hedbomadaire allemand kicker, que "de nombreux acteurs du football européen considèrent les projets de la Fifa comme une attaque absolue contre le football. Je partage cette position. Une limite est franchie ici."La Fifpro Europe, le syndicat des joueurs et des joueuses professionnels, a, dans un communiqué, affirmé qu'il "est particulièrement préoccupant qu'un projet de cette ampleur ait été élaboré en grande partie dans la plus grande discrétion et approché d'un accord sans véritable concertation avec les premiers concernés."L'Association des supporters de football (FSA) a rappelé que "beaucoup de supporters sont rentrés de la Coupe du monde en pensant que la Fifa ne pouvait plus faire grand-chose pour abîmer ce qu'ils aiment dans la plus grande compétition de football. Moins de deux semaines après le coup de sifflet final, elle a démontré qu'il était toujours possible de tomber plus bas. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour combattre cette nouvelle décision et toutes celles qui mettent gravement en péril l'avenir du football au profit de gains commerciaux à court terme."Des politiques remontésLe commissaire européen Glenn Micallef, chargé de l'Equité intergénérationnelle, de la Jeunesse, de la Culture et des Sports, a fustigé sur son compte X ce projet : "Une préoccupation particulière surgit lorsque les pouvoirs réglementaires de la Fifa s'alignent sur les intérêts financiers d'entités privées, estime ainsi le commissaire européen, de nationalité maltaise. [...] Cela soulève de profondes questions concernant la gouvernance, l'indépendance et les conflits d'intérêts. Ces propositions soulèvent également d’importantes questions en matière de droit de la concurrence."Sur ce même réseau social, le Premier ministre britannique Andy Burnham, grand amateur de football, s'est indigné à son tour : "La Coupe du monde n'est pas un produit. C'est la plus grande compétition sportive au monde, et personne n'a jamais eu le droit de la vendre. On peut la présenter comme on veut. Une fois qu'on en a vendu une partie, on a tout vendu". Marina Ferrari, ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative de la France, estime, dans un communiqué, que "l'annonce de la Fifa (...) constitue un tournant majeur qui soulève de très graves interrogations sur la gouvernance et l'avenir du football mondial. Un projet d'une telle ampleur ne peut être élaboré sans transparence ni concertation avec les fédérations nationales et les acteurs du football. La méthode est aussi préoccupante que le fond".Les élus démocrates de la commission judiciaire de la Chambre des représentants au Capitole se sont également exprimés sur X : "Il semble que le faux Prix de la paix et le bail géant conclu avec la Trump Tower n'étaient pas suffisants. Maintenant, Gianni Infantino tente la passe de trois en cherchant un accord de plusieurs milliards de dollars avec le frère de Jared Kushner pour vendre des parts des droits commerciaux de la Coupe du monde à des investisseurs privés."


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