Pause fraîcheur pour le nucléaire français. Les deux réacteurs de la centrale de Chooz, dans les Ardennes, ainsi qu'un réacteur de la centrale de Cattenom, en Moselle, étaient à l'arrêt lundi 3 août en raison d'une baisse du débit de la Meuse et de la Moselle, selon EDF. Ce n'est pas tout. Quatre autres réacteurs, situés dans les centrales du Bugey (Ain), du Tricastin (Drôme) et de Saint-Alban (Isère), ont également dû réduire leur puissance ces derniers jours.Ces arrêts et ces ralentissements ne sont pas les premiers depuis le début de l'été 2026, marqué par plusieurs canicules et un déficit de pluies important. De quoi affecter temporairement la production d'électricité française, assurée à 70% par les 57 réacteurs de l'Hexagone. Mais au fait, pourquoi la canicule et la sécheresse ne font pas bon ménage avec les centrales nucléaires ?Beaucoup d'eau prélevée... et rejetéePour fonctionner, les centrales nucléaires ont besoin d'eau. De beaucoup d'eau. Près de la moitié de l'eau douce prélevée en France l'est pour refroidir les réacteurs de l'Hexagone, selon les dernières données officielles du ministère de la Transition écologique publiée en juillet 2026. Toutefois, 97% de cette précieuse ressource est restituée dans les cours d'eau à proximité, selon EDF. Au final, le secteur de l'énergie dans son ensemble est le troisième consommateur d'eau douce en France (12%), loin derrière l'agriculture (58%) et l'eau potable (26%).Pour bien comprendre les enjeux de l'utilisation de l'eau dans le nucléaire, il faut distinguer les deux grands systèmes mis en place dans les centrales françaises. Le premier est le fonctionnement en circuit ouvert. Celui-ci nécessite de prélever beaucoup d'eau pour refroidir les réacteurs, mais la quasi-totalité de cette ressource est restituée à la rivière ou dans la mer, à une température plus élevée de quelques degrés. Les trois sites nucléaires en circuit ouvert représentent à eux seuls 84% des prélèvements d'eau douce des centrales nucléaires, selon les autorités. Les autres sites fonctionnent en circuit fermé. Dans ce cas, la quantité d'eau prélevée est 20 fois moins importante, mais celle-ci est évacuée en grande partie sous la forme de vapeur – ces grands panaches blancs que l'on peut observer au-dessus des tours aéroréfrigérantes.La température et le débit d'eau scrutés de prèsPendant les périodes de sécheresse et de fortes chaleurs, les rejets d'eau chaude des centrales sont au cœur de toutes les attentions. Et pour cause, "la hausse de la température implique une diminution de la quantité d'oxygène dissous dans l'eau, ce qui a un très fort impact sur la biodiversité", expliquait en 2025 l'hydroclimatologue Florence Habets à franceinfo. "Ces modifications favorisent les espèces lentiques – propres aux eaux calmes et potentiellement pauvres en oxygène, type carpes – en défaveur des espèces lotiques – propres aux eaux en mouvement continu, comme la truite –", illustre la directrice de recherche au CNRS.Des températures maximales de rejet sont ainsi fixées par les autorités. Par exemple, à la centrale du Bugey, en été, l'eau réinjectée dans le Rhône en aval de la centrale doit être de maximum 26 degrés et ne pas être plus de cinq degrés plus élevée que l'eau prélevée en amont, selon l'Autorité de sûreté du nucléaire (ASNR).
Problème : avec les vagues de chaleur à répétition et la sécheresse, toutes deux favorisées par le réchauffement climatique, cette température est de plus en plus rapidement atteinte. Alors, pour permettre à la centrale de fonctionner plus longtemps, des dérogations sont régulièrement mises en place. De quoi maintenir la centrale active, mais à une puissance limitée.
À lire aussi Sécheresse : le manque d'eau peut-il mettre la France en panne électrique ? Au-delà de la température, le débit des cours d'eau situés près des centrales est également scruté de près. Quand celui-ci est trop faible, les réacteurs doivent être ralentis ou arrêtés afin de garantir une quantité d'eau suffisante pour l'environnement et les autres usagers. C'est le cas actuellement à Chooz et à Cattenom, où trois réacteurs ont été mis à l'arrêt afin de respecter le débit minimal prévu par les autorités.Des rejets radioactifs limitésAu-delà de la température et du débit des cours d'eau qui refroidissent les réacteurs nucléaires, EDF est également dans l'obligation de limiter ou de stopper les effluents chimiques ou radioactifs de ses centrales lors des épisodes de sécheresse. En effet, un débit faible des rivières et des fleuves peut empêcher une bonne dilution de ces rejets issus des réacteurs. Pour protéger les milieux aquatiques, l'ASNR impose également un débit minimal en deçà duquel les rejets des effluents radioactifs sont interdits. Dans cette situation, EDF doit alors stocker ces produits dans des réservoirs. Lorsque ceux-ci sont pleins, des dérogations peuvent être prises par les autorités pour autoriser le remplissage d'autres zones de stockage.Face à ces arrêts à répétition durant la période estivale, EDF se veut rassurante. "Depuis 2000, les pertes de production pour cause de température élevée et de faible débit des fleuves ont représenté en moyenne 0,3% de la production annuelle du parc", assure l'électricien français. Pour autant, les centrales françaises vont devoir s'adapter au réchauffement climatique. "Pour les sites [nucléaires] en bord de fleuve, à réglementation inchangée et sans adaptation des installations existantes, les risques d'indisponibilité des tranches augmenteront", alertait la Cour des comptes dès 2023. Et ce, alors même que la hausse des températures doit entraîner "une augmentation de la demande d'électricité" lors des périodes estivales, en raison de l'électrification des usages et de l'utilisation accrue de climatisation.Pour se préparer à ces bouleversements, l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae) évoque une rénovation des centrales à circuit ouvert, afin d'installer des systèmes de refroidissement hybrides, ainsi que le développement de centrales plus petites et à circuit fermé, afin de limiter l'impact sur les cours d'eau et la biodiversité et de garantir leur fonctionnement toute l'année. Des évolutions qui devront s'accompagner, selon l'institution, "d'une réduction de la consommation d'énergie par la sobriété et l'efficacité énergétique" et de "l'accélération des énergies renouvelables".

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