Tout est une question de perspective. En regardant le verre à moitié plein, le bilan de l'équipe de France aux championnats d'Europe d'athlétisme peut se lire de façon encourageante avec 11 médailles. Un total certes plus faible que les 16 glanées à Rome en 2024, mais plus riche que sur les éditions de 2016 à 2022."Sur le nombre de médailles, on est la cinquième nation. Et 55% de notre délégation est dans le top 8", a précisé Frank Bignet, le directeur technique national de la Fédération française d'athlétisme. En observant le verre à moitié vide, on remarquera l'absence criante de titre européen : seules deux autres campagnes ont connu ce bilan, en 2022 et 1982. "Ce n'est ni un soleil radieux, ni une éclipse totale", a poétiquement résumé Frank Bignet, qui a précisé que les athlètes seraient débriefés à froid pour "trouver des solutions".Le consultant pour France Télévisions pointe en explication le "contexte international monstrueux", avec pour exemple la performance incroyable du lanceur de marteau Bence Halasz (84,25 m). "Certaines épreuves avaient un goût de championnat du monde", a corroboré Frank Bignet."Ce n'est pas un bilan positif que ce soit par le nombre de médailles, mais aussi de titres. On est plutôt en difficulté alors qu'on a avancé avec une équipe qui laissait imaginer mieux."Stéphane Diagana, consultant pour France Télévisionsà franceinfo: sportPlacée à une médiocre 19e place au tableau des médailles, la faute à l'absence de titre, la France figure en 4e position à la "placing table", qui comptabilise les places de finaliste (top 8). "Des athlètes qui savent entrer en finale et qui y vont pour chercher le meilleur d'eux-mêmes, on en a. Mais des gens capables d'aller chercher le meilleur avec un potentiel pour pouvoir monter sur la boîte, on n'en a pas tant que ça", décrypte Stéphane Diagana.Les champions de Rome à la peineDes quatre héros de Rome, seule Alice Finot a pleinement répondu présente à Birmingham. "Le contexte Paris 2024 a joué. On a vu une décompression en 2025 et elle n'est pas complètement passée. Si Alice arrive à revenir, c'est au dernier moment parce que ça a été compliqué encore sur cette saison de 2026", observe Stéphane Diagana. La steepleuse française est en effet allée chercher une médaille d'argent au goût d'or tant la Tricolore revient d'une année 2025 compliquée. Championne d'Europe en titre à Rome en 2024, Alice Finot s'est cette fois inclinée face à l'Allemande Gesa Krause au terme d'une belle bataille. Malgré cette deuxième place, la Française se montrait satisfaite de sa course après une année 2025 compliquée. 2min Les trois autres – Alexis Miellet, Cyréna Samba-Mayela, et Gabriel Tual – n'ont même pas vu la finale de leur discipline. La hurdleuse a dû déclarer forfait pour blessure après déjà une année 2025 blanche — elle risquerait, selon L'Equipe par ailleurs une suspension pour trois manquements à ses obligations de localisation, une information qu'a refusé de commenter Frank Bignet.Venu honorer son invitation, le steepleur Alexis Miellet n'a, lui, finalement pas eu les jambes pour s'extraire des séries. Le demi-fondeur Gabriel Tual s'est enfin arrêté en demi-finales, en panne de "kick".Le record des médailles en chocolatSur ces championnats, la France est la nation avec le plus de 4e places (7). Certaines ne peuvent être mises au rang d'échec, comme celle de la perchiste Margot Chevrier, revenue en équipe de France deux ans et demi après sa grave blessure à la cheville. Ou encore du perchiste Mathieu Collet, qui honorait sa première sélection en équipe de France A après plusieurs saisons gâchées par des blocages mentaux. Thomas Wilkes, 4e sur 110 m haies, peut lui aussi être satisfait de sa première cape dans un grand championnat.<img src="https://public.flourish.studio/visualisation/29982571/thumbnail" width="100%" alt="chart visualization" />D'autres sont frustrantes comme pour Pauline Stey, à qui il a manqué cinq secondes sur le semi-marathon marche pour monter sur le podium. Ou pour Thomas Gogois, à 16 centimètres de la boîte. Et enfin les dernières sont décevantes, pour Jimmy Gressier et Agathe Guillemot, venus pour bien mieux."Quand on fait finaliste, quatrième ou qu'on monte sur le podium, tous les jours qui suivent, chaque entraînement va être fait avec cette intensité et cette vision différente de qui ils sont. C'est là qu'on va commencer à apprendre ce moral de vainqueur", a insisté Jean Galfione, directeur de la haute performance.Jimmy Gressier, une moisson pas à la hauteur des espérancesLe chef de file tricolore l'avait annoncé haut et fort : il venait en terre anglaise pour décrocher sa première médaille européenne sur piste. Ou plutôt ses premières breloques, car le Nordiste visait le doublé 5 000 et 10 000 m. Mais après sa 4e place sur le 5 000 m, lundi, à cause "d'une erreur tactique", Jimmy Gressier s'est contenté du bronze sur 10 000 m. Le Boulonnais est allé la chercher, au sprint, pour sauver sa saison. Première médaille européenne pour Jimmy Gressier ! Dans une course folle, le Français vient prendre la médaille de bronze, avec les tripes. 4min Loin d'être ridicule, ce bilan illustre son année en dents de scie et pleine de changements pour Jimmy Gressier, qui a quitté Paris pour Boulogne. Rien d'inquiétant mais des ajustements seront peut-être nécessaires à l'avenir pour que le Français retrouve son niveau de 2025.La marche française convertit enfinA chaque championnat, les marcheurs et marcheuses tricolores ne cessaient de se rapprocher du podium, sans pour autant réussir à s'inscrire dans les pas de Yohann Diniz. C'est désormais chose faite avec la médaille de bronze d'Aurélien Quinion, en bronze au bout du suspense sur le marathon marche.Sur semi-marathon marche, Pauline Stey est, elle, passée tout près de décrocher la première médaille féminine française de la marche. Avec la 6e place de Ana Delahaie, et la 7e place de Clémence Beretta, sur semi-marathon, ainsi que la 8e place de Camille Moutard, l'équipe de France féminine de marche se démarque avec autant de places de finalistes que d'engagées.La récompense de la persévérance pour Muhammad Abdallah Kounta et Laëticia BaptéLeurs exemples serviront-ils de source d'inspiration pour tous ceux et toutes celles qui cumulent les sélections en équipe de France sans parvenir à revenir la médaille autour du cou ? Pilier des relais 4x400 m depuis des années et en pleine progression cette saison, Muhammad Abdallah Kounta a décroché une superbe médaille d'argent sur 400 m sur son premier grand championnat en individuel sur cette distance. Encore sous le coup de l'émotion de sa course, Laëticia Bapté est médaillée de bronze des championnats d'Europe d'athlétisme du 100m haies. La Française a une pensée pour ses proches et son personnel soignant qui lui a permis de décrocher ce podium. 1min Autre exemple de résilience : Laëticia Bapté, médaillée de bronze pour deux centièmes sur le 100 m haies. A 27 ans, pour ses troisièmes championnats d'Europe en plein air, la Martiniquaise a décroché sa première finale sur cette compétition et accroché sa première médaille en carrière. Elle confirme la tradition française sur les haies, tout comme Just Kwaou-Mathey, médaillé d'argent sur 110 m haies.Les lanceurs en difficultéSi le constat n'est pas nouveau, il aura été particulièrement net à Birmingham. Les lanceurs tricolores sont pour beaucoup passés à travers. Le chef de file de cette famille de l'athlétisme, Yann Chaussinand était arrivé avec la meilleure performance européenne de la saison au lancer du marteau. Et il faisait partie des plus grosses chances de médailles de la délégation française. Pour autant, après des qualifications laborieuses, le Clermontois a traversé comme un fantôme sa finale. En voulant trop en faire, il a envoyé son engin deux fois dans la cage, avant de le lancer à une distance insuffisante pour intégrer le top huit.D'autres sont restés beaucoup trop loin de leur niveau pour rallier une finale : le lanceur de javelot Felise Vahai Sosaia a fini dernier des qualifications avec un jet à 70,95 m, à près de 12 m de son record.
Même incompréhension du côté de Rose Loga : la lanceuse de marteau était incapable d'expliquer sa défaillance avec un jet à 63,80 m, contre plus de 75 m cette saison.Du côté de l'aînée des Bleus, Mélina Robert-Michon a rallié une nouvelle fois la finale du lancer du disque mais est restée beaucoup trop loin de ses standards (9e à 60,58 m). Son homologue masculin, Lolasson Djouhan a lui enfin eu la satisfaction de se qualifier pour sa première finale d'un grand championnat, après sa 7e séance de qualification en grands championnats. Mais une fois en finale, il n'a pas réussi à élever son niveau pour jouer avec les meilleurs.
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