L'abandon d'un moratoire sur le soja issu de zones déboisées d'Amazonie entraînera au moins 1,4 million d'hectares de déforestation supplémentaire au Brésil au cours de la prochaine décennie, et des émissions de carbone équivalentes à celles du Canada en un an, selon une étude publiée jeudi 16 juillet. Parue dans la revue Science, cette étude retrace l'essor et le déclin de l'un des engagements volontaires contre la déforestation les plus efficaces au monde.

Quand le moratoire a été instauré, en 2006, près d'un tiers de l'expansion annuelle des cultures de soja se faisait au détriment de zones boisées. De grandes entreprises se sont alors engagées à ne pas acheter de soja provenant de terres déboisées après juillet 2008. L'accord a été de plus en plus contesté ces dernières années par des producteurs de soja, qui ont engagé une action en justice contre les entreprises signataires.

Des Etats producteurs ont aussi adopté des lois visant à supprimer des avantages fiscaux accordés aux sociétés adoptant des engagements environnementaux plus stricts que la loi. "C'est révoltant"Les auteurs de l'étude estiment que 1,4 million d'hectares supplémentaires seront déboisés d'ici à 2036, soit environ deux millions de terrains de foot. Cela représente également environ 17% de la superficie totale déboisée dans l'Amazonie brésilienne au cours de la dernière décennie.

Cela entraînera l'émission de 745 millions de tonnes de CO2. Les auteurs appellent à renforcer la lutte contre la déforestation au Brésil. Ils plaident pour que les importateurs de soja, notamment l'Union européenne et la Chine, adoptent des politiques d'approvisionnement plus responsables.

"C'est révoltant quand on sait que nous vivons une crise climatique", a déclaré Tiago Reis, coauteur de l'étude et membre de WWF Brésil, évoquant des risques accrus de sécheresses et d'incendies en Amazonie.